La décarbonation de la route prend de la vitesse

La décarbonation de la route prend de la vitesse © stock.adobe.com

La transformation des transports terrestres par voie routière est une des conditions sine qua non de la décarbonation de l’économie française. Elle nécessite un passage volontariste aux propulsions électriques, et un recours organisé à l’intermodalité.

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Le 21 avril dernier, l’Union européenne a annoncé vouloir réduire ses émissions de gaz à effet de serre « d’au moins 55% » d’ici 2030. L’objectif est fort ambitieux puisque cette baisse était jusqu’alors fixée à 40%. Il s’agit d’une nouvelle étape nécessaire afin de devenir, comme l’Europe l’ambitionne, le premier continent à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

Bien évidemment, cet accord implique pleinement la France qui s’est engagée dans cette voie avec la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte de 2015. Pour y parvenir, l’État a bien conscience qu’il va devoir décarboner l’économie de notre pays, et cela passe nécessairement par une décarbonation de la route et des transports. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’aujourd’hui, le transport routier représente à lui seul 90% des déplacements des biens et des personnes en France [1] et qu’il est le principal émetteur de gaz à effet de serre (environ 30%). Sans décarbonation de la route donc, point de salut écologique pour la France.

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 En route vers le « tout électrique »

Pour décarboner le secteur des transports, le gouvernement a bien compris qu’il fallait encourager la mobilité électrique. « Le futur est tout électrique : il y a 5 ans, on hésitait, aujourd’hui on n’hésite plus. Il faut que le gouvernement aide entre maintenant et 2022 », a d’ailleurs déclaré à ce sujet, en 2019, notre Ministre de l’Économie, Bruno Le Maire (2). C’est pour cela que diverses mesures d’incitation ont été mises en œuvre afin d’encourager les Français à se séparer de leur vieille automobile thermique pour acquérir un véhicule électrique. Et parce qu’avec le prix et l’autonomie des véhicules, le faible nombre de bornes de recharge (3) est l’un principaux freins à l’achat d’une voiture électrique, l’État s’est mobilisé pour « accélérer le virage du véhicule électrique » au travers de la charte « Objectif 100000 bornes ». Comme son nom l’indique, le texte présenté par Barbara Pompili, Ministre de la Transition écologique, et Jean-Baptiste Djebarri, ministre délégué chargé des transports, doit permettre un déploiement massif des points de charge ouverts au public jusqu’à atteindre les 100000 bornes à la fin de l’année. Ce texte prévoit notamment une enveloppe de 100 millions d’euros afin de « soutenir l’installation de stations de recharge très rapide sur toutes les aires de service du réseau routier national » selon Jean-Baptiste Djebbari (4).

Un intense travail en perspective. En effet, à l’heure actuelle, sur les 440 aires de service que compte le réseau routier national, seulement 140 sont équipées en bornes de recharge. « Mon objectif, c’est que d’ici la fin 2022, elles soient toutes équipées en bornes de recharge très rapide, soit une recharge en une vingtaine de minutes », a affirmé, confiant, le Ministre délégué chargé des transports (5). Espérons donc que cet objectif ambitieux au regard du maillage actuel sera atteint, même si les professionnels de la route, eux, jugent la mesure encore un peu trop timorée.

 En route vers l’intermodalité

Outre la mobilité électrique, l’État compte bien actionner un autre levier pour décarboner la route : l’intermodalité ! Pour cela, le plan de relance baptisé France Relance, présenté en septembre dernier, prévoit notamment une accélération des travaux d’infrastructure des transports afin de promouvoir et favoriser le report modal de la voiture vers les transports en commun et les modes partagés. Le but affiché de cette mesure : « permettre aux Français de continuer à mieux se déplacer tout en contribuant à la diminution de l’empreinte carbone et environnementale des transports », explique Jean-Baptiste Djebarri (6), soulignant au passage que « le gouvernement témoigne ainsi d’un investissement massif créateur de dizaines de milliers d’emplois, selon une trajectoire en cohérence avec celle préconisée également par la Convention citoyenne ». Cet investissement massif que vante le ministre délégué aux transports est d’autant plus bienvenu qu’en favorisant l’emploi local, en désenclavant les territoires et en leur permettant de gagner en attractivité pour leur développement économique, il démontre que la route est bel et bien un investissement durable (7).

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Cette démarche de décarbonation des déplacements sur les voies dont elles ont la charge en favorisant l’écomobilité et l’intermodalité, les sociétés concessionnaires d’autoroutes (SCA) l’ont intégrée depuis quelques années déjà. Sachant que les déplacements sur autoroute représentent à eux seuls 20% des émissions de CO2 du secteur des transports, soit 6% du total des émissions de notre pays, toutes ont bien conscience qu’elles sont au cœur des enjeux de la mobilité durable (8).Toutes les SCA ont d’ailleurs déjà pris des initiatives afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre dues au secteur autoroutier. C’est le cas, notamment, de Vinci Autoroutes qui a développé le concept d’ autoroute bas carbone (9) qui prévoit le déploiement massif d’infrastructures de recharge électrique mais aussi le développement du transport multimodal et partagé, soit deux des solutions justement envisagées par le gouvernement dans son plan de relance.

La SCA a mis en service un nouveau parc multimodal le long de l’autoroute A10 à Longvilliers (10), dans les Yvelines, le 14 décembre dernier. Ce site a pour but d’améliorer les déplacements journaliers en associant plusieurs modes de transports comme la voiture, le car, le RER et même le vélo ! Lignes de car express, parking de stationnement gratuit pour permettre aux usagers d’organiser leur covoiturage… tout est fait pour lutter contre l’autosolisme. Selon Vinci Autoroutes, ce nouveau parc multimodal permettra à ses utilisateurs de réduire de 45 % en moyenne les émissions de CO2 liées à leurs trajets quotidiens. Une solution concrète pour atteindre un objectif cher aux Français et aux pouvoirs publics.

2) http://www.avere-france.org/Site/Article/?article_id=7750
3) https://www.mediaterre.org/actu,20210308185610,2.html
4) https://www.ecologie.gouv.fr/objectif-100-000-bornes-tous-mobilises-accelerer-virage-du-vehicule-electrique
5) https://www.lefigaro.fr/conjoncture/bornes-electriques-100-millions-d-euros-d-aides-pour-developper-les-stations-sur-les-grands-axes-20210214
6) https://www.batiactu.com/edito/france-relance-ministere-transports-detaille-repartition-60148.php#:~:text=Le%20ministre%20Jean%2DBaptiste%20Djebbari,carbone%20et%20environnementale%20des%20transports.
7) https://up-magazine.info/technologies-a-la-pointe/mobilite/84239-la-route-est-elle-un-investissement-durable/
8) https://www.construction21.org/france/articles/h/ecologie-et-transports-l-autoroute-au-coeur-des-enjeux-de-la-mobilite-durable.html
9) https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-lautoroute-bas-carbone-une-proposition-concrete-pour-reduire-les-emissions-de-co2-1149341
10) https://www.rt78.fr/parc-multimodal-longvilliers

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