Autour des chantiers, un environnement complexe pour les acteurs du BTP

Autour des chantiers, un environnement complexe pour les acteurs du BTP © stock.adobe.com

À gros chantier, grosses responsabilités ! Toutes les entreprises de BTP savent que, lorsqu’elles s’engagent sur un projet de grande ampleur, elles vont bien sûr devoir réaliser les travaux en respectant le cahier des charges qui leur est imposé, mais aussi composer avec toutes les personnes concernées de près ou de loin, des riverains aux politiques en passant par les donneurs d’ordre. Raisons de plus pour leurs clients de bien veiller à choisir une société habituée à gérer tous les aspects d’un chantier.

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Effectuer les travaux pour lesquels elle a été engagée, tout en veillant à réduire au maximum les nuisances pour les riverains et les usagers, et en tenant compte des desiderata des donneurs d’ordre et des politiques impliqués dans le projet, telle est la délicate équation que doit résoudre toute société de BTP lorsqu’elle a la charge de mener à bien un chantier. Et c’est encore plus vrai lorsque le projet est d’envergure, et que les interlocuteurs sont nombreux. C’est pour cela qu’outre des équipes compétentes et un savoir-faire technique indispensables, les entreprises du BTP prennent aussi en compte tout ce qui environne les chantiers sur lesquels elles sont amenées à intervenir. Une condition sine qua non si elles veulent satisfaire toutes les parties prenantes.

 Au cœur de la ville

Premier exemple emblématique d’une complexité maitrisée, celui du pôle multimodal de Nantes. En plein cœur de la ville, à deux pas du Château des Ducs de Bretagne, il s’agit bien plus que de rénover la gare SNCF de la ville, mais de connecter les mobilités actuelles et futures, tout en redynamisant l’activité commerciale [1], et en rendant à la nature droit de cité. Pari relevé avec succès par le groupe Demathieu-Bard [2] qui, dans des délais tenus de trois ans de travaux, tout en garantissant la continuité des mouvements ferroviaires, routiers, urbains et piétonniers, mais encore la fluidité des activités économiques environnantes, réalise la prouesse d’installer en plein cœur de ville, « un nouveau lieu de vie, de passage, de contemplation » [3] et d’activités économiques vitales pour la commune.

 Un environnement complexe qui peut tout remettre en cause

A priori, un groupe comme Fayat, avec ses 21505 collaborateurs engagés au sein de 205 sociétés [4], et présent dans 170 pays et sur les cinq continents, coche toutes les cases. Fort de plus de soixante ans d’expérience, Fayat a su très tôt diversifier son activité pour proposer des services complémentaires : travaux publics, bâtiment, fondations, mais aussi métal, chaudronnerie et matériel routier. Une polyvalence qui lui a permis de mener à bien des projets de grande ampleur et aussi divers que le tunnel de sécurité du Fréjus [5] entre la France et l’Italie, l’impressionnante canopée du Forum des Halles à Paris [6] ou la passerelle de Mantes-la-Jolie [7], dans les Yvelines. Ces ouvrages, Fayat les a élaborés et réalisés en se fondant sur les valeurs chères à l’entreprise depuis sa création, et en premier lieu l’autonomie. « L’autonomie, parce qu’elle résulte de la volonté de Clément Fayat d’être son propre patron, et que les dirigeants du groupe croient dans les centres de profits à taille humaine, de PME dans lesquelles chaque responsable doit avoir sa liberté d’action et de décision » expliquait d’ailleurs Jean-Claude Fayat [8] en 2017, à l’occasion du soixantième anniversaire de l’entreprise familiale.

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Pourtant, il arrive que la belle mécanique s’enraye, même pour le premier groupe français indépendant de construction qui a toujours pris soin de dialoguer avec les élus locaux. Ce fut le cas sur le chantier du Pont Simone Veil à Bordeaux. Désignée pour bâtir cet ouvrage, l’entreprise de BTP a vu son contrat résilié [9] après un désaccord sur les conditions financières et techniques de réalisation [10] avec Bordeaux Métropole, malgré son ancrage local et ses bonnes relations avec Alain Juppé.

 Une attention toute particulière est portée aux riverains

Si aucun désaccord politique n’empêche la tenue des travaux, les entreprises du BTP doivent se montrer particulièrement attentives à leur bon déroulement tout au long de la durée du chantier. Pour cela, elles doivent, bien sûr, s’assurer que toutes les règles de sécurité sont respectées, mais aussi veiller au confort des riverains, qui sont bien souvent les premiers impactés, notamment par les nuisances sonores. Pour cela, les entreprises ont depuis longtemps pris l’habitude d’installer des palissades ou des murs anti-bruit, mais il existe aujourd’hui des solutions plus pratiques, comme la bâche acoustique [11] développée par Bâches de France. Facile à installer avec des moyens de manutention légers, réutilisable et modulable, elle permet de diminuer significativement l’impact sonore sur l’environnement du chantier. Une performance validée par le laboratoire acoustique du CSTB [12], le Centre scientifique et technique du bâtiment et, utilisée notamment par Eiffage génie civil dans le cadre du chantier de la ligne 16 du métro commandité par la Société du Grand Paris (SGP).

Concernant les engins de chantier, le remplacement des compresseurs et marteaux-piqueurs thermiques par des modèles électriques, moins bruyants, est aussi un moyen de limiter les nuisances sonores, tout comme l’utilisation du « cri du lynx » [13] qui se substitue de plus en plus fréquemment aux bips de reculs stridents sur les camions et autres engins de chantier. Ce dispositif a d’ailleurs été déployé avec succès sur le chantier de la ligne 15 du Grand Paris Express (GPE), où son utilisation a atténué la gêne pour les riverains. Enfin, plutôt que de procéder au recépage des fondations profondes, très bruyant, les ouvriers peuvent effectuer un pré-recépage [14]. Totalement silencieuse, cette technique, développée par l’entreprise Recépieux, a d’ailleurs reçu un Décibel d’Or décerné par le Conseil National du Bruit [15] qui a mis en avant ses nombreux avantages pour les riverains, à savoir l’absence de bruit, mais aussi de vibrations et de poussière. Pas étonnant que Recépieux ait été amené à réaliser des travaux sur le prolongement de la ligne 11 [16] dans le cadre des chantiers du GPE en 2017, et que d’autres interventions figurent à son agenda.

 Le défi du Grand Paris Express

Ces problématiques, et bien d’autres encore, comme la nécessité de penser les points d’accès au chantier, les trajets d’approvisionnement, les aires de stockage et de stationnement afin de limiter les manœuvres des camions, se trouvent démultipliées dans le cadre des travaux pharaoniques du GPE. Avec pas moins de 300 chantiers répartis sur 8 départements et 130 communes, ce sont des millions d’habitants qui sont concernés, donc autant de personnes à rassurer sur le fait que ces travaux auront l’impact le plus minime possible sur leur vie quotidienne. Un enjeu dont les propos de Guillaume Sauvé, président d’Eiffage Génie Civil et Eiffage Métal expriment l’importance. « Les travaux sont effectués exclusivement en milieu urbain dense. Nous devons donc être particulièrement attentifs à l’équilibre indispensable entre les demandes des populations et les exigences des travaux », explique-t-il [17]. Au sein de son groupe, habitué à gérer des travaux de grande envergure dans le monde entier, on sait qu’il est impossible d’être partout à la fois et l’on a choisi de miser sur l’autonomie et la compétence des acteurs de terrain. Sur chacun des chantiers menés par l’entreprise, un seul et même interlocuteur est désigné pour trouver une solution à chaque problème en bonne intelligence et en concertation avec toutes les parties prenantes. « La réussite d’un chantier dans les temps et le budget convenus, et en bonne intelligence avec son environnement, dépend bien souvent de la capacité des hommes de terrain à prendre des décisions rapides. C’est pourquoi nous formons nos équipes en ce sens », confirme encore Guillaume Sauvé.

Constructions de gares, percements de tunnel, poses de voies et d’équipements ferroviaires… mener de tels chantiers au cœur des villes n’est pas une mince affaire. Certes, il faut des entreprises expérimentées pour y parvenir, mais aussi organisées de façon à tenir compte des avis de tous – donneurs d’ordres, riverains, usagers, élus locaux – sans pour autant tout mettre en suspens le temps qu’une décision soit prise au risque de voir les délais de remise du chantier s’allonger. Tout ne dépend pas d’elles, évidemment, et c’est de la bonne volonté de tous les acteurs, de leur capacité d’anticipation et de leur faculté à garder ensemble le cap sur l’utilité sociale du projet que dépend finalement le succès de l’opération.

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