Voitures électriques, smartphones, maisons en bois ! Les vrais faux amis de l’environnement

Notre bon sens nous dit que rouler en voiture électrique ou habiter dans une maison en bois fait de nous de bons écocitoyens, soucieux de l’environnement. En grattant un peu le vernis, le constat n’est pas aussi simple. Explications.

Notre bon sens nous dit que rouler en voiture électrique ou habiter dans une maison en bois fait de nous de bons écocitoyens, soucieux de l’environnement. En grattant un peu le vernis, le constat n’est pas aussi simple. Explications.

mercredi 12 septembre 2018, par

La révolution digitale aurait presque fait oublier que l’activité humaine "quelle qu’elle soit" a un impact sur la planète. Il ne suffit pas d’ajouter la mention « Pensez à la planète avant d’imprimer ce courriel » en bas de nos e-mails pour les rendre inoffensifs. Car le simple fait d’envoyer un mail ou de faire une requête sur Google consomme de l’énergie et a donc un impact environnemental.

En janvier dernier, France 2 diffusait un reportage saisissant : « En France, un salarié envoie tous les jours trente-trois mails et en reçoit cinquante-cinq, expliquait le document. Au total, ces échanges quotidiens produisent, chaque mois, autant de gaz à effet de serre qu’un trajet de 11km en voiture et que deux packs d’eau ! » A la fin de l’année, chaque salarié français aura envoyé l’équivalent de 4000km parcourus en voiture ! Car si Internet a permis de dématérialiser bon nombre de nos actions, les géants du web sont eux bien réels : des infrastructures réseaux et des serveurs toujours plus puissants dévorent toujours plus de ressources énergétiques. Selon le blog spécialisé Green IT, « un Internaute moyen pèse 346Kwh d’électricité par an, soit 200kg de gaz à effet de serre et 3000 litres d’eau ».

Internet et smartphones, mauvais élèves

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A chaque fois que nous appuyons sur la touche Envoyer de notre clavier, une réaction en chaîne se produit : notre mail atteindra un data center, puis un deuxième avant d’être redistribué vers la boîte de réception du destinataire, sur son ordinateur ou sur son smartphone. Ces data-center, disséminés aux quatre coins de la planète, sont extrêmement énergivores, et polluants. L’ONG internationale Greenpeace avance des données chiffrées : selon elle, l’utilisation d’Internet représente 2% des émissions de CO2 "autant que l’ensemble du trafic aérien mondial" et 7% de la consommation électrique mondiale. Et les ramifications sont nombreuses : regarder un film sur Netflix est beaucoup plus dommageable pour la planète que de regarder un film sur la TNT, le streaming étant gourmand en bande passante et donc en énergie. Sauver nos données sur le cloud est également une fausse bonne idée. Là aussi, derrière cette dématérialisation se cachent de monstrueux serveurs !

Aujourd’hui, Internet et smartphones représentent 10% de la consommation mondiale d’électricité. Énorme.

Et le constat est similaire pour nos doudous numériques, les smartphones. La tentation est forte de céder devant les derniers modèles, même si celui dans notre poche fonctionne encore très bien. Toujours plus puissants, toujours plus intelligents, ces merveilles d’électronique constituent en réalité des bombes à retardement pour l’environnement. A deux niveaux : lors de leur conception et de leur utilisation. La fabrication de nos smartphones fait en effet intervenir des composants rares, coûteux à extraire du sous-sol, comme le cuivre, le lithium, l’or ou l’argent. Leur recyclage pose également problème. Côté utilisation, les chiffres font peur : notre smartphone est responsable de 5% de notre consommation électrique moyenne annuelle (environ 319Kwh, équivalent de 200kg de gaz à effet de serre). Soit presque le même niveau que notre consommation d’Internet. Les deux cumulées, l’impact de trois milliards d’individus connectés est donc considérable.

Des voitures électriques pas écolos du tout

Face à la pollution atmosphérique des grandes villes, le nouveau réflexe des citadins est de lorgner sur les voitures électriques. Mais celles-ci peinent pour l’instant à se démocratiser à cause d’un coût à l’achat (ou en location longue durée) bien trop élevé, malgré les subventions de l’Etat. A ce frein majeur s’ajoute deux autres freins, plus techniques : le premier en amont avec l’empreinte écologique de la fabrication des batteries, le second en aval lors de l’utilisation desdites batteries et de l’électricité à stocker.

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Dans un rapport de 2017, l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) estime que « la fabrication d’une voiture électrique demande deux fois plus d’énergie que la fabrication d’une voiture essence ou diesel, et qu’elle produit plus de C02 durant sa fabrication que pendant sa période d’utilisation. Aujourd’hui, les matériaux sont préparés dans des fours à 400ºC, ce qui engendre une consommation d’énergie relativement importante. A la différence des véhicules thermiques, la majorité des impacts environnementaux d’un véhicule électrique intervient lors de la phase de fabrication ». De plus, les technologies actuelles ne permettent une autonomie maximum que de 400 km (200 dans la plupart des cas). Cela s’explique par les limites en termes de stockage, les batteries contenant 50 fois moins d’énergie que l’équivalent pétrole. Dans les calculs de l’empreinte carbone, les voitures électriques n’ont donc pas un bilan zéro : lors de leur vie, elles rejettent 9 tonnes d’équivalent carbone (à cause de la production d’électricité), contre 22 pour des moteurs essence ou diesel.

Certes, conduire ces voitures est vraiment bénéfique localement, puisqu’elles ne polluent pas l’air sur le lieu d’utilisation. Mais leur empreinte carbone en amont est réelle, l’argument publicitaire « zéro émission  » est donc à prendre avec d’énormes pincettes.

La maison en bois, vraie fausse bonne idée

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Relancée il y a une quinzaine d’années, la construction en bois connaît aujourd’hui un âge d’or, poussée par des lois incitant les familles à investir dans ce type de logement. Le marketing a fait le reste, faisant correspondre les aspirations des Français à du « mieux vivre » et les objectifs de l’industrie du bois. L’image d’Épinal fonctionne parfaitement. Pourtant, les maisons en bois ne sont pas aussi vertes que ces professionnels l’affirment. Deux points particuliers interpellent : le traitement chimique du bois et le transport des matières premières depuis l’étranger.

A l’échelle de la planète, le secteur de la construction est celui qui rejette le plus de gaz à effet de serre (GES), avec 40% des émissions mondiales. Comme le faisait remarquer Hélène Genin “ déléguée générale de l’Association pour le développement bas carbone dans le journal La Croix en avril 2018, « ce n’est pas uniquement » au chauffage, qui contribue à 40% de ces émissions. Les 60% restants proviennent des matériaux de construction ». Dans le cas du bois, ces émissions sont dues au transport maritime, la filière française important massivement du bois de Scandinavie, d’Europe de l’Est, voire d’Asie.

En 2015, l’ADEME publiait un rapport que les industriels du bois ne mettent jamais en avant. Selon ce guide sectoriel, « l’impact en dioxyde de carbone lié à la fabrication d’une tonne de bois est de 147kg équivalent CO2, contre 138kg pour le béton et 3190kg pour l’acier ». Outre sa fabrication et son transport, le bois de construction subit de nombreuses opérations de traitement, ignifuge, fongicide et insecticide, pour garantir sa durée de vie. Le principe est d’injecter ces produits sous très haute pression. Si, depuis 2004, la France est très scrupuleuse sur les produits chimiques utilisés, des pays étrangers producteurs emploient encore certains agents à base de cuivre, d’arsenic et de chrome. « La plupart des substances chimiques utilisées composant les produits de traitement du bois sont dangereuses pour la santé, souligne l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité. Les expositions importantes peuvent conduire à des intoxications aiguës graves, les expositions chroniques à "même à de faibles niveaux" peuvent entraîner des maladies. » Voire des cancers. Comme pour les voitures électriques, la communication « 100% écologique » est donc sujette à caution.

Un jambon-fromage sinon rien

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Finissons sur une note un peu plus ludique, ou du moins surprenante. Les faux amis de l’environnement sont nombreux, et certains sont insoupçonnables. Prenons l’exemple du sandwich. L’Université de Manchester s’est penchée sur l’impact environnemental du casse-croûte au Royaume-Uni. Le résultat est sidérant : les Britanniques consomment chaque année 11,5 milliards de sandwichs, coupables de générer l’équivalent en pollution de 8 millions de voitures, soit 9,5 millions de tonnes d’équivalent CO2. C’est colossal ! Les chercheurs ont analysés différents types de sandwichs, le plus polluant étant celui acheté dans le commerce, sous plastique, à base d’œufs, de bacon et de saucisse. Le moins polluant étant le jambon-fromage préparé à la maison. Plusieurs facteurs ont été pris en compte dans ces calculs, comme les produits transformés, la production, l’emballage ou le recyclage des déchets. Si l’envie vous prenait de partir au volant d’une voiture électrique pour passer le week-end dans un chalet en bois, avec des sandwichs pour tout pique-nique, dites-vous simplement que vous seriez tout sauf écolo !

La tribu éco-citoyenne a la parole !
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