Quotas de boursiers aux grandes écoles.

La dévalorisation des diplômes.

N’est-ce pas au niveau du début de la scolarité que tout se joue ? Une chose semble sûre, la ségrégation sociale ne se réglera pas par des quotas d’élèves

mercredi 13 janvier 2010, par

N’est-ce pas au niveau du début de la scolarité que tout se joue ? Une chose semble sûre, la ségrégation sociale ne se réglera pas par des quotas d’élèves boursiers dans les grandes écoles.

La fixation d’objectifs quantitatifs en matière d’éducation a toujours été une catastrophe.

Aux Etats-Unis, la Cour suprême a censuré il y a 10 ans la discrimination positive.
Elle avait été saisie par des étudiants noirs qui se plaignaient de leurs diplômes dévalorisés sur le marché du travail. L’identité de ceux qui crient le plus fort à l’injustice appelle à la réflexion.

Alain Minc et François Pinault affirment avoir eu un haut-le-coeur en lisant la réaction de la Conférence des Grandes Ecoles qui a rejeté l’objectif affiché du gouvernement de mener près de 30% de boursiers dans les grandes écoles. Yazid Sabeg, commissaire à la Diversité et à l’Egalité des chances, a qualifié de scandaleux l’avis de la Conférence des grandes écoles (CGE), et Valérie Pécresse, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a appelé les grandes écoles à ne pas avoir peur de faire évoluer les méthodes de recrutement.

Les chiffres sont éloquents
5% d’enfants d’ouvriers en classes préparatoires et, ensuite dans les grandes écoles, peu de boursiers dans les rangs (12,3 % à HEC ou à l’Essec, 23 % dans les écoles d’ingénieurs...). Le gouvernement souhaite que cette proportion atteigne 30%.

Curieux tout de même que ces personnalités, que l’on ne savait pas jusqu’à présent passionnées d’égalité sociale, fassent l’impasse sur une réalité sociale qui commence à s’exprimer dès l’école maternelle, et qui ne fait que s’aggraver lors des premières années de scolarité. C’est à ce moment essentiel que se fait véritablement une inégalité des chances inacceptable : la grande majorité des élèves issus des milieux populaires et modestes sortent du système scolaire, hélas, bien avant que se pose le problème d’une entrée dans les grandes écoles !

Selon le proviseur du lycée Henry IV, Patrice Corre, les classes préparatoires aux grandes écoles ont actuellement 28% de boursiers, et son établissement est passé en première année de 8% en 2005 à 30% cette année... sans baisser le niveau, mais en changeant ses pratiques. En 2e année, la part n’est encore que de 18% mais cela progresse.
En se donnant le temps, on atteindra l’objectif de 30% de boursiers sans sacrifier la qualité de l’enseignement, a-t-il affirmé, se déclarant opposé à une politique de quotas.

Des quotas risquent de provoquer les effets inverses. Aux Etats-Unis, la Cour suprême a censuré il y a dix ans la discrimination positive. Elle avait été saisie par des étudiants noirs qui se plaignaient de leurs diplômes dévalorisés sur le marché du travail, a-t-il ajouté.

Nos écoles sont différentes, plaide Pierre Aliphat, ex-directeur de l’Esiea (Ecole supérieure d’informatique) et délégué général de la CGE.
Il faut absolument sélectionner les étudiants sur des critères de compétence qui vont les conduire au succès et pas sur un critère annexe. Tout en ayant complètement la conviction que les grandes écoles doivent accueillir davantage de boursiers globalement.

Nous ne refusons pas d’accueillir 30 % de boursiers dans les grandes écoles, nous refusons d’accueillir, école par école, 30 % de boursiers, a tenu à préciser hier la CGE.

Lire aussi Les élèves des grandes écoles sont aussi touchées par la crise.
Lire aussi Va-t-on rémunérer l’absentéisme scolaire !

La tribu éco-citoyenne a la parole !
Un message, un commentaire ?
Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message