Urbanisme : de nouveaux outils au service de la résilience des villes

Comment résister aux multiples chocs et crises qui menacent les collectivités ? Le concept de résilience urbaine émerge depuis quelques années comme un enjeu majeur de pilotage des villes. Dans ce domaine, les nouvelles technologies ouvrent un nouveau champ de possibles...

lundi 29 octobre 2018, par

Réchauffement climatique, canicules, inondations, attentats terroristes… Le thème de la résilience des villes a émergé ces dernières années comme un enjeu majeur, lié à la prise de conscience de nos vulnérabilités. Concept emprunté à la psychologie et notamment au psychiatre Boris Cyrulnik, la résilience urbaine peut être définie comme la capacité de la ville à absorber une perturbation (un choc, une crise, une catastrophe) puis à récupérer ses fonctions.

Selon une étude réalisée par plusieurs chercheurs de l’Ecole des ingénieurs de la Ville de Paris (EIVP) et intitulée « La résilience urbaine : un nouveau concept opérationnel vecteur de durabilité urbaine ? », la résilience repose sur trois leviers : la capacité de résistance et d’absorption d’une perturbation ; la capacité à opérer le retour à la normale et, si possible, à l’accélérer ; la capacité à fonctionner en mode dégradé durant le temps que prend ce retour à la normale. Les auteurs de cette étude parlent ainsi du « triangle de la résilience ».

Sébastien Maire, haut responsable de la résilience pour la ville de Paris, va même plus loin : « L’idée est de penser les crises comme des opportunités.
Non pas de revenir à l’état initial, mais de parvenir à un état autre, plus robuste, qui saura faire face au même type de choc ou de crise ». Il place également la résilience dans un cadre plus large, intégrant toutes les parties prenantes, et parle de « l’aptitude donnée à un territoire, avec ses institutions, ses acteurs économiques, ses habitants, ses infrastructures, ses réseaux, ses flux, de poursuivre ses objectifs de développement indépendamment des chocs ou des crises chroniques auxquels il peut être confronté ».

Ce poste de haut responsable de la résilience pour la ville de Paris a été créé dans le cadre du réseau « 100 resilient cities », fondé en 2013 par la Fondation Rockefeller pour stimuler des politiques de résilience dans les villes. Il repose sur l’idée que la résilience urbaine peut devenir un nouveau cadre de planification et de hiérarchisation des projets urbains. Plus de 1 000 villes se sont portées candidates et 100 d’entre elles ont été sélectionnées, parmi lesquelles Paris, New York, Singapour, Mexico ou Londres. Dans chaque ville retenue, a été créé un poste de « chief resilience officer » (haut responsable de la résilience), dont le salaire est pris en charge par le réseau.

La résilience exige une vision globale

Les risques auxquels doivent faire face les villes sont finalement assez nombreux et peuvent se classer en deux grandes catégories : les chocs et les crises chroniques. Dans la première catégorie, figurent d’abord les catastrophes naturelles : crues, séismes, tempêtes, avalanches, vagues de froid, canicules... On estime qu’un tiers des communes françaises est aujourd’hui impacté par ce type d’événements, qui occasionnent de lourds dégâts pour les personnes, les collectivités et les entreprises. Les chocs sanitaires et en particulier les pandémies constituent également un sujet de préoccupation. Selon Sébastien Maire, « pour les experts de la santé, le plus grand stress sanitaire à venir en France pourrait être celui d’un moustique porteur d’une maladie mortelle ». Il peut s’agir aussi de chocs industriels, avec des accidents comme celui de l’usine AZF de Toulouse en 2001, ou encore de défaillances de grands systèmes urbains, comme le black-out qui a frappé New York en 1977. Pour ce qui est des crises chroniques, on peut citer, entre autres, la pénurie d’eau, la pollution de l’air, les infrastructures déliquescentes, les inégalités sociales, le manque de logements abordables ou encore les migrations, qui devraient considérablement augmenter à l’avenir avec le réchauffement climatique.

La résilience ne peut être appréhendée sans une vision globale, prenant en compte les nombreuses interdépendances existant entre les différents systèmes urbains, car tout est hyperconnecté. Par exemple, quand les systèmes électriques ne fonctionnent plus, les réseaux de télécommunications et les systèmes d’eau sont également affectés.

Se préparer, collaborer, développer un système de veille et d’alerte performant, et apprendre des crises, afin de devenir plus résilient : tels sont les principes de base en matière de gestion des crises. Dans ce domaine, l’interconnexion et la communication sont primordiales. Les maires sont en effet parfois informés trop tard de l’arrivée d’un événement climatique... Et le nombre d’acteurs intervenant lors d’une crise – collectivités, police, gendarmerie, pompiers, préfets, citoyens, entreprises, etc. – impose une excellente coordination.

Pour améliorer la communication et la gestion des crises, l’apport des nouvelles technologies peut se révéler précieux. Car les infrastructures résilientes doivent être sécurisées mais aussi capables de s’adapter et en particulier d’anticiper les pannes. Les réseaux intelligents (smart grids) sont à cet égard particulièrement intéressants grâce à l’intégration de capteurs. Plus largement, penser la résilience, c’est penser le pilotage de la ville.

Penser le pilotage de la ville

Les nouvelles technologies et en particulier la télégestion permettent de piloter à distance les infrastructures. Dans le domaine de l’éclairage urbain par exemple, la plateforme Muse, développée par Citelum, filiale d’EDF, a été adoptée par de nombreuses villes dans le monde. Elle permet à la fois de superviser à distance les points lumineux, de piloter l’allumage et l’intensité de l’éclairage, de gérer l’exploitation et la maintenance en temps réel, et de contrôler les résultats obtenus en matière de performance énergétique. Grâce à l’installation de capteurs de présence et de luminosité, l’éclairage des luminaires peut également s’adapter en fonction de l’environnement et des situations.

La résilience est aussi fonction de la capacité des infrastructures à rendre différents services. La multi-utilisation des infrastructures est ainsi une piste prometteuse pour la ville résiliente. « L’éclairage apporte une infrastructure à laquelle il est possible d’adosser d’autres services en matière de sécurité tels que l’installation de caméras et de systèmes intelligents de reconnaissance d’images, ou autour de la mobilité avec des capteurs de données ou des systèmes de recharge électrique », explique ainsi Carmen Munoz-Dormoy, directrice générale de Citelum.

Les nouvelles technologies permettent en effet aujourd’hui de connecter au réseau d’éclairage des équipements destinés à fournir de nouveaux services pour piloter la ville, qu’il s’agisse de sécurité (caméras de vidéoprotection), de mobilité (bornes de recharge de véhicules électriques, informations des usagers sur les différents moyens de transport, stationnement intelligent, etc.), de communication (bornes wifi, panneaux à message variable, etc.) ou même de lutte contre la pollution (installation de capteurs de pollution et de bruit pour améliorer la qualité de l’air ou réduire les nuisances sonores). « La révolution numérique a eu lieu et elle saisit la ville », estime Isabelle Baraud-Serfaty, consultante en économie urbaine, fondatrice d’Ibicity. « La mutation technologique dont elle est porteuse modifie de manière profonde l’ensemble des modes de production, de fabrication et de gestion de la ville ». « L’impact du big data sur les logiques de prédiction est susceptible de nous faire voir différemment la planification urbaine », note de son côté Sébastien Maire.

Une ville inclusive et solidaire

Mais au-delà des technologies, la ville résiliente est aussi nécessairement inclusive et solidaire. « Le réseau 100 Resilient Cities conduit des stratégies et veille à ce qu’elles soient mises en œuvre, afin que les habitants soient plus en sécurité et vivent plus heureux », explique Michael Berkowitz, président du réseau 100 Resilient Cities, au site spécialisé Actu-Environnement. « La priorité est de renforcer la cohésion des citoyens, à l’échelle des voisinages et de susciter la solidarité, y compris par les infrastructures elles-mêmes ». « Plus une société et solidaire, plus elle est en mesure de faire face aux chocs. Car quand les infrastructures ne fonctionnent plus, que reste-t-il ? La solidarité avec son voisin », explique également Sébastien Maire. Cette solidarité a pu être constatée à Paris lors des attentats du 13 novembre 2015, où la spontanéité des habitants a effectivement permis de sauver des vies.

© fotolia.com

A Rotterdam, la concertation publique ouverte pour le réaménagement d’une place a permis aux habitants de s’engager dans un processus participatif et d’apaiser des tensions naissantes dans le quartier. Le projet a aussi considérablement évolué : il ne s’agissait plus de modifier quelques cheminements ou d’installer des bancs, mais de créer une véritable agora, un lieu de socialisation avec diverses programmations (messes le dimanche, concerts de rap le week-end, terrain multisports, skatepark, etc.). Et comme le premier des risques à Rotterdam est l’inondation, cette place sert aussi de bassin de rétention des eaux pluviales. « La ville doit être inclusive. Pour tous », souligne de son côté Carmen Munoz-Dormoy. « Dans la ville mexicaine de Puebla, où nous avons mis en place l’éclairage artistique de la cathédrale, classée au patrimoine mondial de l’humanité, nous avons également, avec peu de moyens, réalisé la mise en valeur patrimoniale des quartiers très pauvres de cette même ville. On peut donc aussi embellir un quartier périphérique, redonner de la fierté aux citoyens qui y habitent, et ainsi créer du lien social. » Elle poursuit : « Lors des tremblements de terre de 2017, les citoyens et les acteurs se sont mobilisés pour les services de secours et pour reconstruire la ville. Nos équipes étaient immédiatement disponibles à leurs côtés. C’est aussi cela qui fait la résilience d’une ville ! ».

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