Carrefour-Casino : la concentration de trop dans la grande distribution ?

Le scénario d’une fusion Carrefour-Casino inquiète, car la nouvelle entité serait un géant (mondial) peut-être trop puissant pour le marché intérieur français.

vendredi 9 novembre 2018, par

Carrefour-Casino : la concentration de trop ?

Aujourd’hui, quatre groupes de distribution seulement se partagent le gâteau des 17 000 fournisseurs agroalimentaires. Une concentration déjà décriée. Les grandes alliances se font et se défont dans le monde merveilleux de la grande distribution. Des alliances stratégiques et parfois changeantes, qui ont conduit le marché à se concentrer aujourd’hui autour de quatre grandes centrales :

  1. Carrefour/Système U/Cora – 34,2% de parts de marché
  2. Casino/Auchan – 21,8%
  3. Leclerc – 21%
  4. Intermarché Mousquetaires – 14,7%

Ce classement du quatuor des supermarchés français – publié par le cabinet Kantar WorldPanel – montre à quel point le marché est déjà victime de son extrême concentration. Un scénario – « catastrophe » comme il se murmure à la délégation CGT du Groupe Casino – de fusion entre Carrefour et le groupe emblématique de la ville de Saint-Etienne créerait ainsi un mastodonte. A l’échelle internationale, le duo Casino-Carrefour deviendrait le nº2 mondial derrière l’intouchable américain Walmart.

La grande distribution, un monde impitoyable

© fotolia.com

En avril 2018, l’ANIA (Association nationale des industries alimentaires) n’a pas caché ses réticences au récent rapprochement entre Carrefour & Système U pour la création d’une méga-centrale d’achat, même si l’un et l’autre se sont attachés à « consolider les liens historiques qu’elles ont construits avec le monde agricole ». De bonnes intentions sur le papier qui n’effacent malheureusement pas les doutes des organisations syndicales, des industriels de l’agroalimentaire et des exploitants agricoles qui s’inquiètent de la réduction forcée de leurs marges. « Les mouvements de concentration ont rarement pour effet d’augmenter les prix à l’achat ! », a publié l’ANIA sur son compte Twitter. « L’ANIA est très vigilante sur le rapprochement Carrefour et de la Coopérative U, et travaille sur les conditions de refondation de la LME (ndlr : Loi nº2008-776 sur la modernisation économique, 2008). »
Au printemps 2018, le mariage-surprise des centrales d’achat de Carrefour et de Système U a en effet pris de court les marchés financiers, le premier étant une entreprise intégrée, le second une coopérative de commerçants indépendants. Deux systèmes très différents. Carrefour a donc choisi Système U qui venait de se séparer du Groupe Auchan parce que ce dernier était en train de signer une nouvelle alliance avec Casino. Le groupe stéphanois venant lui-même de mettre un terme à une collaboration avec Intermarché. Lancés dans une guerre des prix féroce depuis 2013, tous ces groupes ont formé des alliances pour créer des centrales d’achat encore plus puissantes. Les alliances actuelles sont donc parties pour durer.

La fièvre des alliances

Mais faut-il encore ne pas avoir les yeux plus gros que le ventre. « Carrefour serait probablement un peu trop gourmand à vouloir mener à bien une OPA hostile sur le groupe Casino, contrôlé par le holding Rallye, explique un haut fonctionnaire du ministère des Finances, dirigé par Bruno Lemaire, qui suit le dossier. Après avoir signé avec Système U, le groupe est déjà le poids lourd du pays. Avaler Casino ne ferait que compliquer les choses en France. Il y aurait à coup sûr des licenciements, et nous n’en voulons pas. » Sur ce dernier point, des expériences similaires lui donnent raison. Un retour en arrière s’impose car l’histoire remonte au début du siècle.
An 2000. Carrefour s’allie à l’Espagnol Dia, ce qui ouvre à ce dernier les portes du marché français, en intégrant progressivement l’enseigne Ed. Dix ans plus tard, en 2010, la marque espagnole affiche une centaine de magasins en France. Victime de la crise, le groupe traverse avec difficultés les années suivantes. L’année 2014 est celle de trop. Dia France accuse une chute de son chiffre d’affaires de 11% et décide de se séparer de ses magasins français, jugés « trop déficitaires ». Comme il connaît déjà la maison, Carrefour se porte candidat au rachat. Affaire conclue pour 600 millions d’euros. Mais ce qui devait arriver arriva : la direction de Carrefour annonçait en janvier 2018 son intention de liquider les anciens magasins Dia, en licenciant une partie de ses salariés, en en reclassant quelques-uns dans des points de vente, voisins ou très éloignés. Quelques magasins sont repris par des concurrents, comme A2Pas, la chaîne de proximité urbaine d’Auchan. Mais quel sort Carrefour réserverait-il à Casino en cas de fusion ? Chez Casino, les syndicats n’ont pas envie de le savoir. L’expérience malheureuse de Dia leur fait déjà craindre le pire.

Autre scénario catastrophe : le rapprochement Leclerc-Intermarché

Un autre mariage de raison a failli avoir lieu et les magazines spécialisés se sont faits écho de discussions au printemps dernier entre le nº3 et le nº4, Leclerc et Intermarché. Un nouveau géant, là aussi, qui serait provisoirement passé nº1 devant le trio Carrefour/Système U/Cora. Ce possible regroupement des moyens logistiques nous aurait fait entrer dans un monde dominé par trois acteurs principaux.
En faisant un peu de politique fiction, la logique des marchés financiers pourrait donc aboutir à un duel, avec d’un côté Carrefour/Système U/Cora/Casino/Auchan, et de l’autre Leclerc-Intermarché. Les apôtres du libéralisme se frotteraient les mains, à coup de plans sociaux, de licenciements, d’économies d’échelle, de stocks partagés… Mais ce monde bipolaire, avec moins de concurrence, personne n’en veut réellement. Et il ne devrait théoriquement jamais exister, l’Autorité de la concurrence ayant instauré une « obligation légale d’information préalable à tout nouvel accord de rapprochement portant sur une partie significative du marché afin de lui permettre d’assurer son rôle de veille de manière efficace ».
Pourtant, sur le terrain, cette concentration existe parfois déjà au gré des régions ou des périphéries de grandes villes de province, où les commerces indépendants n’arrivent plus à survivre. Et le phénomène n’est pas nouveau : déjà en 2010, l’Autorité de la concurrence « tirait la sonnette d’alarme », la concentration de certains supermarchés asphyxiant le marché, plusieurs enseignes étant complètement absentes de certaines régions. Huit ans plus tard, la situation est toujours là même, là où elle n’a pas empiré. Elle deviendrait encore plus compliquée en cas de fusion Carrefour-Casino.
Mais, dans ce contexte de morosité, les grandes enseignes ont reçu une bonne nouvelle ces dernières semaines : les indicateurs 2017 des 100 premières enseignes françaises sont au vert, avec un rebond de 2,96% de leurs chiffres d’affaires cumulés, selon le site web d’informations financières et commerciales LSA-Conso. Les quatre premiers de ce Top 100 ? Les quatre mêmes que l’année précédente avec dans l’ordre d’arrivée, Leclerc, Intermarché, Carrefour Hyper et Super U. Des enseignes de la grande distribution qui résistent mais qui voient toutes d’un mauvais œil l’émergence d’un nouveau concurrent, l’Américain Amazon qui a fait un bond de 20% en 2017…

La tribu éco-citoyenne a la parole !
Un message, un commentaire ?
Forum

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Habitat indigne : démission d'un élu LR qui louait un appartement dans un immeuble en péril

mardi 11 décembre 2018

Unélu LR de Marseille, Thierry Santelli, qui louait un appartement situé dans un immeuble déclaré en péril imminent à une famille, a (...)

Paris : premier pas vers un nouvel encadrement des loyers

mardi 11 décembre 2018

La mairie de Paris se porte officiellement candidate pour expérimenter de nouveau, et en vertu de la loi Elan, l’encadrement des loyers, (...)

Primes de Noël 2018 pour les plus modestes : 152€ pour une personne seule, 320€ pour une famille avec 2 enfants

mardi 11 décembre 2018

Cette année encore, 2,3 millions de Français sont concernés par ces primes de Noël, annoncées à titre exceptionnel, comme chaque année, par (...)

Le gouvernement s'intéresse aux agents immobiliers, peu présents dans la loi logement

mardi 11 décembre 2018

Le Premier ministre a lancé une mission parlementaire pour réfléchir à une évolution du modèle des agents immobiliers, une question peu (...)

SMIC : 100 euros nets de plus par mois, au plus tard en avril 2019, sans charges supplémentaires pour les entreprises

mardi 11 décembre 2018

Il ne s’agit pas d’une hausse de SMIC, au sens réglementaire du terme, aucun coup de pouce supplémentaire n’est donné au SMIC directement. (...)

Évasion fiscale : représentants des banques et grandes entreprises convoqués à l'Élysées

mardi 11 décembre 2018

Emmanuel Macron recevra mardi et mercredi les représentants des banques et des grandes entreprises pour leur demander de participer à (...)