La dangerosité du cannabis a été clairement révisée à la baisse, où en sont les Français ?

Où en sont les Français avec le cannabis ? Cette enquête inédite réalisée par l’Ifop pour Terra Nova et ECHO Citoyen dresse le portrait d’une opinion qui a évolué ces dernières années de la condamnation à l’ouverture et qui se trouve aujourd’hui à un point de bascule.

lundi 11 juin 2018, par

JPEG - 105.2 ko
Cannabis © Fotolia / 1772890 / Marcin Bogdański

D’un côté, la dangerosité du cannabis a été clairement révisée à la baisse et les politiques actuelles sont jugées Inefficaces par l’immense majorité des sondés. De l’autre, l’opinion reste partagée sur les politiques alternatives qui devraient être mises en place à l’avenir. En somme, ce n’est plus le besoin de changement qui fait débat, mais sa nature.

Les positions en faveur d’une régulation du marché du cannabis par l’Etat se situent désormais autour de 50% de la population. Mais il s’agit d’une ouverture maîtrisée : l’idée d’un marché régulé du cannabis n’est envisagée qu’avec une forte intervention de la puissance publique et le maintien de certains interdits. 51% des Français (contre 40% d’une opinion contraire) seraient ainsi favorables à "une régulation et un encadrement du cannabis" qui fixeraient "des règles concernant sa production, sa distribution et sa consommation tout en maintenant son interdiction dans certains cas" (en l’occurrence, au volant, dans les lieux publics et pour les mineurs). En outre, les Français reconnaissent volontiers les effets positifs d’une telle réforme (surcroît de recettes fiscales, qualité des produits, renforcement de la lutte contre le marché illégal et les trafics...). Et, s’ils redoutent qu’elle s’accompagne d’une banalisation de l’usage du cannabis, ils ne craignent plus qu’elle favorise une perte des valeurs morales ou la consommation d’autres drogues.

Les Français plébiscitent par ailleurs très largement l’autorisation du cannabis thérapeutique sur ordonnance médicale, quelle qu’en soit la forme (médicamenteuse, fleur séchée, huile, extraction, etc.). De même, ils souhaitent que le surcroît de recettes fiscales qui pourraient être tirées d’un marché régulé du cannabis soit affecté en priorité au financement du système de santé, à la prévention/information sur les drogues et à la lutte contre d’autres trafics. Signe de la maturité croissante de l’opinion, une large majorité des sondés souhaite que soit organisé un grand débat sur ces questions dans notre société.

UN TIERS DES FRANÇAIS ONT DEJA ESSAYÉ...

34 % des sondés déclarent avoir consommé au moins une fois dans leur vie, 16 % deux à trois fois dans leur vie, 2 % de façon quotidienne et 2 % de façon hebdomadaire. On peut retenir que deux tiers des Français n’ont jamais essayé. On peut aussi noter, en extrapolant ces résultats, qu’une quinzaine de millions de Français majeurs auraient déjà consommé.
En dépit du fait que la France a l’un des systèmes les plus répressifs d’Europe, l’usage de cannabis y est donc installé comme une pratique sociale de grande ampleur.

UN PRODUIT JUGÉ DANGEREUX MAIS MOINS QUE LE TABAC ET À PEINE PLUS QUE L’ALCOOL

Il ressort de l’enquête que le cannabis reste perçu comme un problème de santé publique. Très peu de Français considèrent que sa consommation n’a pas d’impact sur la santé (1 %) ou que les risques pour la santé sont très faibles (8 %). 38 % sont même d’avis que le cannabis peut nuire à la santé dès la première consommation.

C’est toutefois la consommation régulière qui concentre les inquiétudes des sondés. 11 % considèrent que les risques pour la santé sont réels en cas de consommation mensuelle et 30 % en cas de consommation quotidienne.

Ce jugement est cohérent avec ce qui leur paraît le plus nocif dans l’usage du cannabis : quand on demande aux sondés ce qui leur semble le plus dangereux dans la consommation de cannabis (trois réponses possibles), 49 % mentionnent les effets d’accoutumance et 37 % les quantités consommées ; par comparaison, seuls 31 % mettent en cause le cannabis lui même, 24 % la mauvaise qualité du produit et 16 % la combustion et l’inhalation, et seulement 11 % le tabac mélangé au cannabis (alors que ces deux derniers facteurs sont en réalité les plus dangereux, suivis par la mauvaise qualité des produits).

La tribu éco-citoyenne a la parole !
Un message, un commentaire ?
Forum

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message