Désert médical et numérus clausus !

Les bonnes volontés ne suffisent pas à lutter contre la désertification médicale.

Le contrat d’engagement de service public (CESP) est un échec dont il faut oser tirer les conséquences !À quoi sert-il de clamer que nous avons le meilleur

mardi 20 septembre 2011, par

Le contrat d’engagement de service public (CESP) est un échec dont il faut oser tirer les conséquences !

À quoi sert-il de clamer que nous avons le meilleur système de santé au monde quand le phénomène de déserts médicaux devient dramatique.

La secrétaire d’Etat à la Santé tente de relancer un dispositif prévu par la loi HPST (Hôpital, patients, santé, territoires) de 2009 qui consiste à inciter les étudiants en médecine à s’installer dans des zones en manque de praticiens, pour un délai égal à celui pendant lequel ils auraient perçu une allocation mensuelle de 1 200 €.

Cette allocation peut être versée dès la deuxième année des études médicales et jusqu’à la fin de celles-ci, sous réserve que l’étudiant volontaire signe un contrat d’engagement de service public (CESP) qui lui fixe des règles d’installation, mais aussi de tarification puisqu’il s’engage aussi à pratiquer un tarif conventionnel. Ce fameux CESP voulait éviter de prendre de front le corps médical.

Pas question de créer des obligations, mêmes temporaires, d’installation pour les professions de santé alors que des régions sont de l’aveu même des pouvoirs publics en situation de désertification médicale. Les préoccupations électoralistes l’emportent une nouvelle fois, toutes familles politiques confondues, sur l’intérêt général. Or ces fameux CESP sont un échec !

Sur 400 contrats budgétés pour l’année universitaire 2010-2011, seuls 148 contrats ont été effectivement signés avec des différences régionales énormes qui montrent bien que le problème reste entier. Si la région Bourgogne a connu un taux de réalisation des contrats disponibles de 93%, la Bretagne n’a eu que 10% de concrétisation des contrats disponibles.

On revient donc à la case départ en ce qui concerne la catastrophique inégalité régionale en matière de présence médicale, et ce, dans un contexte de pénurie générale. Rappelons en effet la démographie des médecins est inquiétante puisque la moyenne d’âge de ceux qui sont en fonction aujourd’hui est de 51 ans et qu’en un an, le nombre de médecins retraités a augmenté de 5,2%.

Selon le Conseil national de l’ordre, il y avait 290,3 praticiens pour 100 000 habitants en 2009 contre 300,2 en 2008 et la tendance à la baisse se poursuit. Le problème général s’aggrave d’une dimension régionale préoccupante, celle-là même qui fait parler de déserts médicaux. Si la région PACA compte 375 médecins en activité pour 100 000 habitants, la Picardie en compte 240. Phénomène aggravant, c’est aussi dans les régions où la densité est la plus faible que les médecins sont les plus âgés.

Sauf à accompagner par lâcheté politique ou incompétence, le déclin de notre système de santé, il faudra bien s’attaquer sérieusement au fond du problème qui tient au maintien absurde du numerus clausus et à la nécessité d’imposer certaines obligations de service public.

Chaque année, un arrêté ministériel fixe le nombre des étudiants de première année commune aux études de santé, autorisés à poursuivre leurs études en médecine. Principe intrinsèquement stupide qui conduit certaines facultés à exclure près de 80% des étudiants pourtant motivés et ayant des notes au-dessus de la moyenne ! Pour l’année 2010-2011, le couperet est tombé au-delà du 7 400e candidat.

Si Paris a eu globalement droit à 1 505 postes, la Corse en en obtenu 23, Brest 167 ou encore St Etienne, 137. Le numerus clausus donne aujourd’hui moins de places en seconde année de médecine que dans les années 70 (8 588 en 1972 et 7 913 en 1979) alors que la population s’est accrue et a vieilli...

Si le numerus clausus ne peut être supprimé du jour au lendemain, pour des raisons matérielles, il devient urgent que l’on porte une réflexion sans a priori sur le rôle qu’il joue aujourd’hui dans l’affaiblissement du nombre de professionnels de santé dont la population a besoin, et que sa disparition soit programmée.

Reste aussi la nécessité de prendre parallèlement des mesures d’autorité pour l’installation des futurs médecins.
Il n’est pas anormal que dans une conception de service public de la santé, une obligation temporaire d’installation soit imposée aux futurs praticiens, quitte à l’accompagner de certaines dispositions financières. Ils ont bénéficié d’une formation assurée par le service public, compte tenu de la situation générale, il ne serait donc pas anormal qu’il y ait une contrepartie provisoire de service.

À défaut d’avoir le courage de prendre des décisions fortes, dans un contexte d’une profession qui se féminise et où les jeunes médecins préfèrent devenir salariés que travailler seuls en cabinet, tout le tissu des professions de santé, ou de la médecine de ville, continuera de se désagréger et la population n’aura plus comme solution que le recours systématique à l’hôpital, un hôpital qui lui-même est dans une situation critique. Une situation qui fait plutôt penser au tiers-monde qu’à une société avancée...

La tribu éco-citoyenne a la parole !
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