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La nouvelle carte du monde

La nouvelle carte du monde
Nouvelle carte du monde adoptée par la France © Ministère des Affaires étrangères

Parce que le Groenland n’est pas aussi grand que le continent africain...

Mais 14 fois plus petit ! La carte du monde telle que nous la connaissons depuis notre enfance déforme très largement les pays situés au-delà de l’équateur. Ainsi, tous les pays du nord apparaissent démesurément grands par rapport aux pays proches de l’équateur. La carte du monde, nouvelle version, rend une vision plus juste de notre monde.

Notre planète, nouvelle version de sa représentation

La représentation de la planète que nous tenons pour acquise depuis des siècles est en train d’évoluer. Vendredi 4 septembre, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution portée par l’Union africaine qui encourage l’usage d’une cartographie plus fidèle aux superficies réelles des pays et des continents - une revendication longtemps portée par plusieurs États africains. Ce vote relance un débat ancien, à la fois scientifique, pédagogique et politique, sur la manière dont les cartes façonnent notre vision du monde.

Héritage mercatorien et ses limites

La carte la plus familière, celle dite de Mercator, date de 1569. Conçue par le géographe flamand Gérard Mercator pour faciliter la navigation, elle a pour propriété de préserver les angles (c’est une projection conforme), ce qui rend les routes maritimes représentables comme des segments droits. Mais ce bénéfice se paie par une forte déformation des superficies : plus on s’éloigne de l’équateur, plus les territoires sont agrandis artificiellement. Ainsi le Groenland semble presque aussi grand que l’Afrique alors qu’en réalité le continent africain est environ 14 fois plus étendu. Ces distorsions favorisent une perception du monde où les pays situés aux hautes latitudes paraissent disproportionnellement importants.

Une décision politique et symbolique

« Les cartes ne sont pas de simples outils géographiques. Elles façonnent notre compréhension du monde », a déclaré Robert Dussey, ministre des Affaires étrangères du Togo, lors de la réunion. Le ministère français des Affaires étrangères a annoncé son intention d’adopter cette nouvelle cartographie, Jean-Noël Barrot estimant que « changer de carte, ça ne change pas le monde. Mais corriger une représentation qui le déforme, c’est déjà faire œuvre de vérité ». Selon le texte cité, les États-Unis se sont opposés à la résolution - un signe de la dimension géopolitique du dossier : la cartographie n’est pas neutre.

Projections alternatives : compromis et usages

Techniquement, il n’existe pas de « meilleure » projection unique : chaque projection privilégie certaines propriétés au détriment d’autres. Parmi les alternatives proposées et utilisées par divers organismes ou pédagogues :

  • Projections équivalentes (ou "à aire vraie"), comme la projection de Gall-Peters : elles préservent les superficies relatives, ce qui rend plus juste la représentation des pays et continents en termes de surface, mais déforment fortement les formes.
  • Projections dites « de compromis », comme la projection de Robinson ou la Winkel Tripel, qui cherchent à minimiser globalement les distorsions de forme et de surface sans préserver parfaitement l’un ou l’autre.
  • Projections adaptées à des usages spécifiques (cartes thématiques, navigation, visualisation des vents, etc.) et changements technologiques récents comme l’AuthaGraph, qui vise à réduire les distorsions globales par des découpages et transformations innovants.
  • Sur le plan numérique, un obstacle pratique est l’omniprésence de variantes de la projection Mercator (le Web Mercator) sur les plateformes de cartographie en ligne : Google Maps, OpenStreetMap et d’autres utilisent cette projection parce qu’elle facilite la tessellation et le rendu des tuiles cartographiques. Remplacer massivement ce format technique demanderait des investissements et des adaptations importantes.

Enjeux éducatifs, culturels et économiques

La remise en question de la carte Mercator n’est pas seulement d’ordre technique : elle touche à l’éducation et à l’imaginaire collectif. Les cartes scolaires contribuent à construire des représentations mentales du monde. Une cartographie qui grossit l’Europe et l’Amérique du Nord au détriment de l’Afrique ou de l’Amérique du Sud renforce des hiérarchies imaginaires héritées de l’époque coloniale. Pour de nombreux États africains, promouvoir une carte plus fidèle revêt un enjeu de dignité, d’affirmation et de correction des biais factuels dans les manuels, les médias et les documents officiels.

Conséquences pratiques et recommandations

Adopter une nouvelle cartographie à l’échelle internationale implique plusieurs mesures concrètes :

  • Encourager les organismes éducatifs à présenter plusieurs projections et à enseigner les limites de chaque représentation.
  • Promouvoir l’usage de globes et d’outils interactifs qui permettent de visualiser la Terre en trois dimensions.
  • Inciter les éditeurs, institutions et plates-formes numériques à proposer des alternatives aux projections actuellement dominantes pour les usages où la préservation des superficies est importante.
  • Soutenir la recherche cartographique pour développer des solutions adaptées à des besoins variés tout en restant accessibles au grand public.

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