 Alors que le continent africain se meurt faute de soins, la violence de fanatiques s'ajoute à sa souffrance.
Devant les attentats meurtriers de juillet dans la capitale de l'Ouganda, le sommet de l'Union africaine a délaissé sa thématique officielle consacrée à la mortalité infantile et maternelle.
La mortalité maternelle et infantile, thème officiel du 15e sommet de l'Union africaine (UA), a été complètement oubliée au profit de la sécurité. Ce sommet de 3 jours qui s'est terminé mardi 27 juillet était organisé à Kampala, en Ouganda. Quinze jours avant, la ville était le théâtre d'attentats sanglants.
De la santé à la sécurité : mesures d'urgence Kampala ayant été l'objet d'un double attentat le 11 juillet dernier, les débats ont rapidement glissé vers les questions sécuritaires. Revendiqué par les islamistes chebabs de Somalie qui contrôlent une grande partie du pays, cet attentat a fait 76 morts. Ils réclament le départ des troupes de maintien de la paie de l'UA, composée d'Ougandais et de Burundais. En réponse, les chefs d'État ont notamment décidé d'augmenter cette force déjà composée de 6 000 hommes par plus de 5 000 nouveaux soldats en provenance d'Ouganda et du Burundi.
Mortalité maternelle et infantile extrême en Afrique Plus d'une trentaine de présidents s'étaient réunis sur les 53 pays membres de l'UA afin de discuter du thème "Santé maternelle, néonatale et infantile et développement en Afrique".
Les dernières violences ont ainsi fait oublier le problème majeur que représente celui de la santé sur le territoire africain. Ou peut-être ont-ils servi de prétexte pour évincer une problématique qui semble sans solution. Un après-midi seulement a été consacré à ces réflexions, pourtant essentielles pour le développement du continent.
Des chiffres hallucinants S'il y a effectivement des morts par balle en Afrique, les organisations humanitaires rappellent que leur nombre est minime par rapport à ceux engendrés par les problèmes de santé. "Les chefs d'État ne doivent pas oublier les autres victimes africaines de ces deux dernières semaines : les 170 000 enfants et les 10 000 mères dont la mort aurait pu être évitée", explique Chikezie Anyanwu, responsable de Save The Children pour l'Afrique.
Le continent compte environ chaque année 4,5 millions de décès d'enfants et 265 000 décès de mères faute de soins, notamment pendant l'accouchement et suivant la naissance.
La santé après tout le reste Essentielle au développement de l'Afrique, la santé est cependant reléguée en arrière-plan. En 2010, seuls le Rwanda, la Tanzanie et le Liberia consacraient au moins 15% de leur budget à la santé. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ils étaient 6 dans ce cas en 2009. À titre indicatif, alors que les États-Unis dépensent en moyenne 1 350 dollars, que l'Europe en dépense environ 1 250, les pays africains y consacrent entre 25 et 27 dollars.
Des promesses non tenues Le président Kadhafi se moquait de la thématique de départ. "Maternité et enfance ? Nous ne sommes pas l'Unicef !" Pourtant, les pays africains ont bel et bien une responsabilité vis-à-vis de la santé de leur peuple et les organisations humanitaires ne sont pas là pour s'y substituer.
Les "objectifs du millénaire pour le développement" sont bien loin d'être atteints. Sur 53 pays africains, seuls 4 ont encore une chance de parvenir à faire baisser la mortalité infantile de deux tiers par rapport à 1990, d'ici 2015. Vraisemblablement, aucun ne parviendra à diminuer la mortalité infantile de 45%. Pas de quoi être moqueur devant un tel carnage.
A.MICHO
Tous droits de reproduction et de représentation réservés. © 2010 Zurbains.com
|