 Le chantier de construction du 2e sarcophage de la centrale nucléaire de Tchernobyl n'a toujours pas commencé !
Ce second sarcophage devrait être opérationnel en 2012 mais le chantier a pris plus de 10 mois de retard, et l'état du réacteur est encore préoccupant...
26 avril 1986, 1h23, le réacteur nº 4 de la centrale Ukrainienne de Tchernobyl explose. Devant l'impuissance du gouvernement ukrainien et l'ampleur de la catastrophe, l'aide internationale s'est finalement organisée. Un nouveau sarcophage de protection devrait voir le jour, mais les travaux ont déjà pris du retard.
Colmater tant bien que mal Réalisé entre avril et novembre, suite à l'explosion, le premier sarcophage de confinement devait limiter la dispersion de la radioactivité. Plus de 25 000 "liquidateurs" ont participé à cette première construction, le payant souvent de leur vie.
Sommaire et construit à la va-vite, sans aucune condition de sécurité, ce sarcophage a depuis menacé de s'effondrer. Consolidé grâce à l'aide internationale, il devrait pouvoir tenir 15 ans en l'état. Cette enveloppe d'acier, qui laisse encore filtrer la radioactivité par de nombreuses fissures malgré les 70 millions d'euros investis, doit impérativement être remplacée.
La longue attente du nouveau sarcophage En septembre 2007, Vinci et Bouygues créent le consortium Novarka et remportent l'appel d'offres pour la conception et la création d'une enceinte de confinement de ce réacteur. Le tout pour un montant de 432 millions d'euros.
La première partie de cette construction devait débuter fin 2009. Pourtant, toujours rien. L'arche prévue devrait normalement être opérationnelle en 2012. Elle doit venir recouvrir le sarcophage existant : plus de 100 mètres de hauteur, 150 mètres de long, 250 de large et près de 20 000 tonnes d'ossature métallique. Cette arche de protection sera assemblée à proximité de la centrale dans une zone bétonnée, afin de permettre aux ouvriers de travailler dans des conditions "normales".
Cette arche gigantesque sera glissée sur la zone du réacteur. La durée de vie de ce 2e sarcophage est de 100 ans. Il devra permettre de "déconstruire ce qui est à l'intérieur du réacteur, extraire les masses de combustible usé de manière à pouvoir ensuite les stocker comme déchets radioactifs", explique Andrei Selskiy, administrateur de la zone d'exclusion.
Gouffre financier Pour l'instant, les travaux ne semblent pas avancer, et pourtant ils coûtent cher. La Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD) gère depuis 1997 le financement provenant d'un fonds international. Le coût total du chantier, arche comprise, a été évalué à 1,3 milliard d'euros.
La communauté internationale a réuni près de 800 millions d'euros pour sécuriser le site. 480 millions environ ont déjà été dépensés, indique la banque. Le site coûte cher. Près de 3 500 personnes travaillent encore à la centrale, et la surveillance du site représente à elle seule près de 34 millions d'euros chaque année.
Ce budget comprend aussi la création d'une usine de stockage et de retraitement des déchets radioactifs des autres réacteurs de la centrale dont le dernier n'a été arrêté qu'en 2000. Après l'échec cuisant du Français Framatome, maintenant dénommé Areva, c'est l'Américain Holtec qui a repris les rênes. "Chaque retard d'un mois entraîne un surcoût de 4 millions d'euros", explique Vince Novak, responsable des questions nucléaires à la BERD. La BERD indique être capable de financer les travaux jusqu'en 2011. Après, il faudra voir...
Chantier radioactif Difficile de savoir où l'on en est vraiment ? Creuser des tranchées autour d'une centrale dont un réacteur a explosé se révèle plus difficile que prévu. "Étonnant, non ?", pourrait-on ironiser... Les ouvriers sont confrontés à différentes difficultés comme la découverte de blocs de béton ou des morceaux hautement radioactifs. "On tombe parfois sur des sources très radioactives et tous les ouvriers doivent alors être remplacés" pour des raisons d'irradiation, indique Alexander Novikov, le directeur adjoint chargé de la sûreté. Et pourtant, il faut creuser.
"Il faut retirer 6 à 7 mètres de terre pour atteindre un niveau de rayonnement raisonnable, puis égaliser, puis couvrir de béton et creuser des tranchées solides pour les rails et les fondations", détaille un responsable. La radioactivité du site est encore 60 fois supérieure à la radioactivité normale.
De nombreuses inconnues subsistent encore sur le projet de l'arche. Le système de fondations n'a pas encore été totalement défini. La solution de stockage définitif des déchets radioactifs issus du démantèlement du réacteur n'a pas non plus été arrêtée. Étant donné la dangerosité du site, cela peut paraître un peu léger.
Rien ne sera donc facile, et pourtant ce sarcophage est une nécessité. La catastrophe de Tchernobyl a déjà coûté la vie à plusieurs dizaines de milliers de personnes. Au moment où l'Organisation Mondiale de la Santé comptabilise 9 000 morts, Greenpeace en prédit 93 000 à terme. Le nombre de cancers ne cesse de progresser chaque année.
Alors que l'on parle de construction d'EPR et de nouvelles centrales, la catastrophe de Tchernobyl ainsi que les incidents nucléaires récemment révélés posent encore et toujours la même question sur la sécurité, et surtout de la maitrise du nucléaire !...
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E.CINESTIA
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