
La France détient le triste record européen des suicides en prison.
Le taux de suicide a quintuplé en 50 ans jusqu'à atteindre 19 cas pour 10 000 détenus en 2008 : les détenus mettent fin à leurs jours 5 à 6 fois plus que les hommes libres.
La cour européenne dénonce régulièrement l'état désastreux du système carcéral et pénitentiaire français. Les nouvelles données chiffrées sur le taux de suicide en prison ne vont pas améliorer notre image.
En France métropolitaine, le taux de suicide dans les prisons a quintuplé en 50 ans, passant de 4 suicides à 19 suicides pour 10 000 détenus entre 1960 et 2008. Et les détenus mettent fin à leurs jours 5 à 6 fois plus que les hommes libres. C'est ce que relève une étude publiée le 16 décembre par des chercheurs de l'Institut national d'études démographiques (Ined), qui ont travaillé en collaboration avec la direction de l'administration pénitentiaire.
La France devient ainsi le pays qui présente le "niveau de suicide en prison le plus élevé de l'Europe des Quinze". Loin devant le Danemark, 2e avec un taux de 13 pour 10 000. La Grèce est le pays le moins touché, avec un taux de 4 pour 10 000.
"Contrairement aux idées reçues", l'étude montre que l'évolution du taux de suicide ne dépend pas de la surpopulation carcérale. À la fin des années 1990, la surpopulation a baissé, tandis que le nombre de suicides augmentait. Et lorsque le taux d'occupation s'est mis à croître à partir de 2002, jusqu'à atteindre 125% en 2008, celui des suicides a eu tendance à s'affaisser. "Disposer d'une cellule, seul, est même considéré par certains comme un facteur majeur du risque suicidaire", observe l'Ined.
Les suicides interviennent en majorité en début de détention. Les prévenus récemment incarcérés et en attente de leur jugement se tuent ainsi 2 fois plus que les condamnés. Exemple : sur la décennie 1998-2008, un quart des suicides a eu lieu dans les 2 mois qui suivent l'incarcération et la moitié dans les 6 premiers mois.
L'Ined révèle aussi que le taux de suicide augmente avec la gravité de l'infraction. Il est de 37 pour 10 000 pour les personnes accusées ou condamnées pour meurtre, de 20 pour les viols, de 11 pour les violences volontaires et de 10 pour les atteintes aux moeurs.
Aucune donnée ne prend en compte le taux de suicide chez les femmes détenues, qui ne représentent que 4% de la population carcérale.
Lire aussi La France reste la honte de l'Europe en matière de politique carcérale ! Lire aussi Un suicide reconnu comme accident du travail.
M.Rigano
Tous droits de reproduction et de représentation réservés. © 2010 Zurbains.com
|