Sommes-nous déjà dans une Europe totalitaire ?

Les technocrates financiers au pouvoir...

La dictature des marchés financiers devient une dictature au sens propre. La Grèce qui avait connu les colonels (1967-1974) connaît maintenant les

mercredi 16 mai 2012, par
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La dictature des marchés financiers devient une dictature au sens propre. La Grèce qui avait connu les colonels (1967-1974) connaît maintenant les technocrates financiers.

Un gouvernement de technocrates à Athènes : la démocratie va-t-elle mourir là où elle est née ?

Il y a plus grave que la sortie de l’Euro pour la Grèce, il y a la fin de la démocratie en Europe. En proposant de nommer un gouvernement de technocrates, le président de la Grèce, Karolos Papoulias, reprend un formule qui a déjà fait la preuve de son inefficacité en Italie au début des années 90, mais surtout symboliquement il met le pouvoir politique et la démocratie sous la tutelle des marchés financiers et de leurs exigences.

Ce que craignent par dessus tout les autorités européennes, ce sont de nouvelles élections qui donneraient un pouvoir plus grand au parti de la gauche radicale, le Syriza, qui refuse l’austérité imposé par Bruxelles et le FMI. Selon des sondages récents, le Syriza pourrait améliorer son score de plus de 10 points pour atteindre près de 28% des suffrages.

Rappelons que déjà les dirigeants européens avaient empêcher l’ancien Premier ministre grec d’organiser un référendum, le menaçant de couper toutes les aides financières. Au-delà des spécificités de la crise grecque, c’est cette obsession à empêcher la consultation des peuples européens qui devient hallucinante et effrayante.

La mise en place du Mécanisme européen de stabilité (MES) a ôté tout pouvoir réel aux parlements nationaux sur le budget des Etats pour le transférer à la Commission européenne que personne n’a élue. Cette perte de souveraineté nationale des pays européens n’a pas soulevé l’indignation et la révolte que l’on aurait pu attendre, comme si les citoyens avaient perdu leur capacité d’indignation et la confiance en leurs dirigeants politiques.

L’essentiel des décisions qui orientent la vie des Européens est désormais, compte tenu de la hiérarchisation du droit, relève d’instances non élues. Or parmi ces technocrates qui se sont accaparés le pouvoir, on retrouve un certain nombre d’anciens dirigeants de la banque Goldman & Sachs, laquelle banque avait aidé les dirigeants grecs à falsifier les comptes du pays pour lui permettre de rejoindre la zone Euro. Ni la banque, ni ses dirigeants n’ont été inquiétés pour cette fraude gigantesque dont les conséquences se chiffrent en milliards et en austérité pour les simples citoyens. Faut-il rappeler que les réformes exigées par les autorités européennes concernent une nouvelle baisse massive des salaires et des pensions, la réduction drastique du budget de la sécurité sociale et la privatisation des services publics. Pendant ce temps là les fonds soit disant versés à la Grèce servent pour bonne partie à rembourser les créanciers privés qui n’ont jamais cessé de se payer sur la bête...

Ce que met dramatiquement en lumière la situation grecque, c’est la réduction de la vie politique au seul souci de la réduction des déficits publics qui ont explosé quand les Etats ont été obligés de se refinancer auprès des marchés financiers et non plus auprès de leurs banques centrales ! Un comble.

Le récent ouvrage circus politicus des journalistes C. Deloire et C. Dubois démonte les mécanismes qui se sont mis lentement en place pour assurer la mainmise du monde de la finance sur l’ensemble des lieux de pouvoir. Traités volontairement complexes et illisibles, créations de normes comptables et financières (IFRS) par des cabinets privés qui s’imposent aux Etats (!), multiplication de structures de lobbying opaques mais puissantes et pouvoirs exorbitants donnés à la Commission européenne, tout cela pour une Europe qui s’enfonce un peu plus chaque jour dans la récession pendant que les banques continuent leurs errements spéculatifs...

Ce n’est pas l’avenir de la Grèce qu se joue, c’est notre liberté et la démocratie en Europe. Et si le pire était à venir...

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