Ajuster la durée et la rémunération du travail à la conjoncture : un immense pas vers les mini jobs allemands que les syndicats semblent accompagner.
Epreuve de force ou jeu de dupes, la négociation sur le projet d’accords de compétitivité-emploi vient de débuter dans un contexte de précipitation qui ne sied pas aux enjeux.
Peut-on négocier les conditions de démolition du droit social ? À en croire la présence et les réactions des délégations syndicales à la première réunion de négociation sur la proposition présidentielle de mise en place d’accords de compétitivité-emploi, on serait tenté de répondre par l’affirmative.
Le renversement de la pyramide sociale actuelle qui va du code du Travail, de la convention collective de branche à l’accord d’entreprise relève d’une stratégie de précarisation de la condition salariale, alors même que les contrats précaires sont devenus les contrats majoritaires dans notre pays depuis quelques années. Même dans les périodes économiques fastes, rarement une entreprise ne pouvait affirmer qu’elle avait une visibilité économique dépassant 5 ans. Cela n’a pas empêché une amélioration du statut du salarié et une amélioration des conditions de travail, compte tenu d’un rapport de forces et d’une répartition de la richesse produite plus équilibrés.
La précarisation voulue par le Medef conduira inévitablement à une récession économique, telle qu’on la voie se répandre en Europe, avec son aspect extrême et caricatural en Grèce. L’idée du contrat compétitivité-emploi conclu au niveau de l’entreprise conduit intrinsèquement à la mise en place d’un chantage permanent à l’emploi et à faire supporter aux seuls salariés tout le poids des aléas de la conjoncture économique.
Dans une situation où l’accord d’entreprise devient prédominant, les employeurs pourront facilement mettre en place des structures de représentation du personnel maison dont l’accord ne sera pas bien difficile à obtenir... Les représentants syndicaux à cette première réunion sur ce thème semblent sous-estimer un processus qui risque de mettre hors jeu les organisations syndicales classiques pour faire place à une multitude de petits syndicats autonomes. Un par entreprise... Il est inquiétant de constater que pour un représentant syndical, présent à la réunion, le problème qui lui semble essentiel est celui de la transparence de la rémunération des dirigeants et le rapport entre vie professionnelle et vie personnelle.
Le projet d’accord de compétitivité-emploi s’inscrit dans une vision ultralibérale de l’économie qui considère que la seule variable d’ajustement possible et réalisable, ce sont les particuliers. Les salariés et retraités grecs paient le prix fort d’une crise dont ils ne sont pas responsables. Rappelons que les classes possédantes locales s’en sortent indemnes et que les comptes de la Grèce ont été falsifiés par les dirigeants politiques de l’époque, avec l’aide de cabinets et d’experts internationaux, pour permettre à la Grèce de rentrer dans l’Europe. Dans le même sens, l’accord compétitivité-emploi vise à faire des effectifs d’une entreprise, la variable essentielle d’ajustement aux écarts d’activité.
Si un doute subsistait sur la philosophie du projet présidentiel, il suffit de rappeler qu’en ce moment les élus débattent à l’Assemblée nationale d’un projet de loi visant à autoriser la modification de la durée du travail d’un salarié sans son accord ! Voilà un contexte qui mérite mieux qu’une énième journée d’action, mais là aussi le combat n’est pas facile.







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