Le Portugal est à nouveau sous le feu des projecteurs : 1re victime collatérale de la crise financière hellénique.
Les marchés s’en prennent à tous les mauvais élèves, dont l’Irlande, mais aussi, hors Zone euro, le Royaume-Uni avec un problème de dette qui fera surface sitôt passées les législatives de mai.
Le Portugal, dont le gouvernement avait présenté son budget 2010 aux agences de notations, n’a pas réussi à les convaincre. Le 24 mars dernier, celles-ci abaissaient sa note de AA à AA- avec une perspective négative sur la dette à long terme. Cette décision a suscité l’incompréhension et la colère du 1er Ministre M.Socrates.
M. Socrates estime que le Portugal n’est pas dans une situation similaire à celle de la Grèce, et s’insurge contre les agences de notations. A tort où à raison, le fait est que Lisbonne subit à son tour la défiance des marchés financiers. Lundi 19 avril, alors que les taux pour Athènes flambent jusqu’à atteindre 7,621%, les taux portugais continuaient eux aussi leurs ascensions passant de 4,462 à 4,511%...
Si la situation des 2 pays est effectivement différente, le casus belli est lui identique : le déficit budgétaire. Prévu à 6,5%, il s’avère être en réalité à 9,3% pour l’année 2009. Or, Lisbonne prévoit dans son budget 2010 de le ramener à seulement 8,3%. Parallèlement, le Portugal estime pouvoir ramener son déficit budgétaire sous les 3%, prévu par les traités européens... en 2013 ! Cette ambition, tout à l’honneur du Portugal, s’avère irréaliste aux yeux des agences de notations. Si le déficit est ramené à 8,3% en 2010, cela impliquerait de faire peser sur les budgets 2011 et 2012 une baisse globale de 5,3% ! Comment ferait-il ? Une telle baisse impliquerait de tels sacrifices à la population, que les agences doutent de la volonté politique à mener pareil projet... Surtout avec 0,7% de croissance prévue pour l’année en cours, et avec un taux de chômage à 10%.
Il est vrai que le Portugal a déjà réalisé de lourds sacrifices pour rentrer dans l’euro, mais aussi pour faire face au vieillissement de sa population. La crise 2008/2009 a conduit Lisbonne à imposer un plan de rigueur et d’austérité considérable. Comment, et sur quoi, les nouveaux efforts pourraient-ils porter (?) sans voir le Portugal, lui aussi, sombrer dans des troubles sociaux d’envergures ?
Certes, à l’image de la France ou de l’Allemagne, le Portugal a dépensé sans compter pour venir en soutien à son économie. Ce que rappelle M.Socrates, indiquant également que son pays avait moins souffert que les autres grâce à l’intervention énergique de son gouvernement. Par ailleurs, la sortie de crise du Portugal aurait été plus rapide.
M.Socrates souligne, non sans justesse, qu’il est assez mal venu de s’en faire compter de la part d’agences qui ont été incapables de voir arriver la crise ! Ces mêmes agences qui distribuaient, jusqu’à la veille de la crise, des triples A à des produits financiers nauséabonds, responsables d’un désastre financier sans précédent !!! Ne décolérant pas, il considère que les marchés financiers sont invraisemblables d’irresponsabilités !
En effet, ces mêmes marchés étaient bien satisfaits que les Etats s’endettent jusqu’au cou pour les sauver ensuite de la déroute ! Il est dès lors assez mal venu de venir dire aujourd’hui que les Etats sont dispendieux et mal gérer... Si on comprend la colère de M.Socrates, il n’en demeure pas moins vrai qu’il fait aussi les frais, comme pour la Grèce, du manque de cohésion et de réactivité de l’Europe !
Lisbonne n’est pas la seule à être mal menée Ce 19 avril, Dublin voyait aussi ses taux se tendre. Ceux de l’Irlande passant pour leur part de 4,555 à 4,594%. Serions-nous en train d’assister à une offensive générale sur tous les maillons faibles de la Zone euro ? Difficile à dire, mais les jours et semaines à venir répondront sûrement à cette question.
Des mouvements de grandes ampleurs mettent sérieusement à mal la Zone euro, et la monnaie unique sous la pression est retombée à 1,34 $. L’ouverture d’une enquête judiciaire contre la banque Goldman Sachs, devrait parallèlement compliquer la question... notamment si d’autres banques étaient visées par des enquêtes. Si on ajoute les projets de régulations, chers à M.Obama, c’est toute la sphère financière qui devrait être frappée par une forte volatilité...
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