La presse quasi-unanime célébrait l’avènement du « soleil en laboratoire » quand Pierre Lellouche, futur ex-ministre du commerce extérieur, déclarait dans le quotidien La Montagne que la France allait devenir « l’Arabie saoudite de la deuxième moitié du XXIème siècle ». Sur tout le territoire, les entreprises se réjouissaient des futurs contrats qui rempliraient leurs carnets de commande et localement les demandeurs d’emploi reprenaient espoir.
C’était il y a 7 ans. Depuis le temps a passé et l’euphorie des premiers mois a laissé place au doute. ITER est bien entendu une formidable aventure qui constitue une des réponses possibles aux nombreux défis liés à l’épuisement des énergies fossiles. L’Union européenne, la Russie, le Japon, les Etats-Unis, la Corée, le Canada mènent ensemble ce projet ambitieux destiné à vérifier la faisabilité scientifique et technique de la fusion nucléaire comme nouvelle source d’énergie.
Il n’en demeure pas moins que les retombées économiques au bénéfice de notre pays se font attendre.
Pour l’heure, seul le secteur du BTP provençal semble tirer son épingle du jeu. Aidé par l’Etat, le CEA, les départements et les communes limitrophes qui ont mis à disposition des terrains constructibles et encouragé la réhabilitation de logements anciens, le secteur s’en est bien tiré en PACA. Selon les experts, les activités liées à l’assemblage et la maintenance devraient également être encouragées.
Une situation que leur envient les entreprises françaises de haute technologie qui s’inquiètent de la part des appels d’offres dévolue à leurs concurrents étrangers. En 5 ans, les différents chantiers liés au projet Iter ont généré 1,718 milliards d’euros de contrats. Les 2/3 des contrats ont échu à des entreprises non provençales et moins de la moitié à des entreprises françaises. Une étude de l’AFPA, réalisée en janvier 2009 avec la préfecture de région PACA, allait même jusqu’à qualifier de « probable qu’une grande partie des activités générées par la R&D et la fabrication des différentes fournitures industrielles soit réalisée à l’étranger. » Pas de quoi rassurer les ETI hexagonales qui voient s’échapper des marchés passés au profit d’entreprises coréennes, russes ou allemandes. Et qui commencent à s’impatienter de l’apparente indifférence de l’Etat à ce sujet.
Notre industrie n’a pourtant pas à rougir de ses performances : matériaux composites, robotique, électronique, chimie, biotechnologies, recyclage, valorisation des déchets, nous comptons des fleurons industriels dans tous les secteurs de pointe. Peut-être est-il temps pour les pouvoirs publics de les encourager et de les accompagner dans leurs démarches vis-à-vis de grands projets internationaux comme ITER. On pourrait à ce titre imaginer que les 22 délégués au redressement productif, récemment annoncés par Arnaud Montebourg, ne soient pas seulement chargés de voler au secours d’entreprises la plupart du temps condamnées. Ne pourraient-ils pas également se positionner auprès de nos ETI les plus dynamiques pour les aider à décrocher des marchés à l’instar de ce que peut faire l’Advocacy Center américain ? Les deux visions, défensives et offensives de l’intervention de l’Etat, ne se contredisent pas mais, au contraire, se complètent. D’autant qu’elles poursuivent le même objectif : l’emploi de nos concitoyens.
Et dans ce domaine-là, ipso facto, le projet ITER ne remplit pas toutes ses promesses. Le nombre d’emplois créés depuis le début de la phase de lancement des travaux n’est pas à la hauteur des investissements réalisés par l’Etat et les collectivités et qui dépassent le milliard d’euros. Les études chiffrées sont rares mais elles sont éloquentes. Quand elles existent, elles présentent des chiffres modestes. ITER emploiera 500 personnes qui arriveront sur site progressivement au cours de la décennie. Durant la phase d’exploitation, c’est-à-dire à partir de 2020, ITER emploiera environ 1 000 personnes. Des créations d’emplois indirects sont également attendues, elles approcheraient les 1400. C’est bien mais cela n’empêche pas certains de considérer comme faible le retour sur investissement. Ajoutons que d’un point de vue qualitatif, plus de la moitié de ces emplois sont ou seront hautement qualifiés. Un effort de formation très important est donc nécessaire pour que les populations locales y trouvent leur compte. Ce que le maire de Saint-Paul-lès-Durance résume par ces mots : « c’est vrai, il y a de la déception… les gens pensaient qu’avec Iter, c’était le roi d’Arabie saoudite qui arrivait ! le travail y est mais tout le monde ne peut pas être ingénieur. »
Prix Nobel de physique, Pierre-Gilles de Gennes déclarait en 2006 « ITER, je n’y crois malheureusement plus. » Nous n’en sommes pas là naturellement. ITER constitue une opportunité sans précédent pour nos entreprises et pour nos emplois. A condition que les pouvoirs publics –Etat et régions essentiellement- définissent et mettent en œuvre une stratégie concertée au niveau national. Le redressement productif passe sans doute aussi par là.







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