Des milliardaires américains veulent être taxés plus et quelques rares milliardaires français leur ont fait un timide écho.
Les grandes déclarations de générosité apparente ne font que confirmer l’inégalité grandissante des individus devant l’impôt.
Du bouclier fiscal à une exonération importante des droits de succession, notre principe d’égalité devant l’impôt a volé en éclats depuis bien longtemps. À force de vouloir préserver les plus aisés des contribuables, sous prétexte qu’ils sont des créateurs de richesse qu’il convient de protéger, les inégalités fiscales sont devenues un dossier explosif pour les gouvernants.
C’est sans surprise, que des milliardaires américains, dont le célèbre Warren Buffett, ont, cet été, clamé leur volonté d’être plus taxés sur leur immense fortune et leurs colossaux revenus au grand dam du président Barak Obama qui les aurait bien pris au mot, mais les républicains s’y sont vigoureusement opposés et comme d’habitude l’ont emporté...
Warren Buffett déplore lui-même de n’être taxé qu’à hauteur de 17,4% de son revenu imposable, mais le système fiscal américain a toujours préservé les situations de ses plus riches citoyens, ceux que l’on appelle parfois les ultra-riches. Point commun toutefois avec notre pays, le poids des exonérations fiscales qui se sont accumulées au fil des années.
C’est dans ce contexte que le faible écho de certains grands patrons français, souhaitant eux-aussi être taxés exceptionnellement prête à sourire. Quand on détaille la déclaration écrite de Maurice Lévy, appelant de ses voeux une contribution exceptionnelle des plus riches, des plus favorisés, des nantis, on est frappé par son absence de référence à une simple justice fiscale, celle qui figure dans l’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : une contribution commune est indispensable, elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.
Ce que propose le patron de Publicis relève d’une charité ponctuelle qui maintiendrait l’injustice fiscale, qui fait qu’une des plus grandes fortunes comme Liliane Bettencourt continuerait à bénéficier d’un taux d’imposition de 9%. Si on avait le moindre doute sur sa mentalité de privilégié, il suffit de l’entendre réclamer en contrepartie d’une taxe exceptionnelle, la réduction drastique des charges sociales et des dépenses publiques. De même, il ne peut s’empêcher de considérer que la grande majorité des dirigeants méritaient leur rémunération et pour certains plus encore...
Cette position rappelle curieusement celle de la noblesse du XVIIIe siècle, qui refusa de faire la moindre concession sur ses privilèges alors que les finances de l’Etat étaient au plus mal et le peuple affamé. Necker et Turgot se cassèrent les dents et ce fut... 1789.
Les niches fiscales représentent en partie le dysfonctionnement de notre système fiscal. Le dénigrement systématique de l’impôt en tant que contribution au fonctionnement de la société et l’impact de plus en plus faible de l’impôt progressif sur le revenu, principe républicain, participent au délitement du lien social. La solution n’est sûrement pas dans des imitations bien pâles d’une philosophie américaine pour que nous retrouvions un équilibre budgétaire et un minimum de justice fiscale. On remarquera qu’à l’inverse des milliardaires américains, leurs homologues français ne se sont pas bousculés pour demander une taxation des hauts revenus.
On peut lire ces déclarations de milliardaires comme un signe d’inquiétude, non pas pour tous ceux qui souffrent, mais pour une situation sociale et économique qui empire globalement et qui pourrait finir par mettre en danger la pérennité de leurs privilèges. Une chose est sûre, si une plus grande distribution des richesses n’est pas engagée rapidement, alors un chaos aux conséquences imprévisibles n’est pas loin.







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