Le Sénat semble faire la course avec la rue, voire contre la rue. Mauvais signe de santé de notre démocratie.
Tout se passe comme si les points essentiels de la réforme des retraites devaient être votés avant les prochaines manifestations nationales.
Mais quelle mouche a piqué les sénateurs ? On la soupçonne d’être très élyséenne... Vendredi 8 octobre au soir, les sénateurs ont approuvé par 186 voix contre 153, le report de l’âge légal de la retraite de 60 à 62 ans, mesure phare de la réforme voulue par Nicolas Sarkozy, et sans apporter de modifications à la version adoptée par l’Assemblée nationale en septembre, rendant ce vote définitif. Et depuis hier (lundi 11 octobre), ils se penchent sur le report de l’âge de la retraite à taux plein de 65 à 67 ans.
Alors qu’aujourd’hui mardi 12 et le samedi 16 octobre, l’ensemble des organisations syndicales appelle à des manifestations sur l’ensemble du territoire, cette précipitation inhabituelle du Sénat ressemble fort à une injonction présidentielle à laquelle il n’était pas question de déroger.
Dans un contexte où 75% des Français trouvent la réforme injuste et inefficace, le coup de force sénatorial risque fort de passer pour de la provocation. Ce positionnement de la majorité des élus, députés et sénateurs, contre une colère populaire peut être explosif, et en tout cas, il n’est pas signe de bonne santé démocratique.
Comment voter dans l’urgence, et sans vrai débat avec les partenaires sociaux, une loi qui sera quasiment inapplicable et qui ne règlera rien au-delà de 2018 ! Qui peut penser sérieusement que la majorité des salariés pourront physiquement travailler jusqu’à l’âge de 67 ans, d’autant que l’emploi se fait rare...
Comment accepter que des élus, bénéficiant d’un régime spécifique de retraite extraordinaire, ne s’appliquent pas à eux-mêmes la rigueur qu’ils imposent aux autres !! À force de cumul de mandats et de retraites s’ajoutant les uns aux autres, un ancien président de la République perçoit plus de 30 000 euros mensuels de pension, soit 20 fois la retraite moyenne des Français !
Quand un élu ordinaire cotise 1 euro pour sa retraite, il touche 6 fois sa mise en terme de pension : une rentabilité inégalable.
Avec une belle hypocrisie, certains parlementaires n’hésitent pas à déclarer que : s’il suffisait de diminuer la retraite de 577 députés et de ceux qui sont déjà en retraite pour équilibrer le système, on serait prêt à le faire tout de suite. Ceci est un faux problème... Pas sûr que des millions de citoyens trouvent que cela soit un faux problème, quand on leur rabâche que travailler jusqu’à 67 ans pour une petite pension, c’est une réforme juste et équitable. Imposer la rigueur par l’exemple serait déjà un pas en terme de crédibilité, non ?







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