La baisse des charges sociales est une erreur !

Une suicidaire unanimité pour baisser le coût du travail !

La réduction forcenée du coût du travail ne débouche sur aucun résultat positif pour l’économie française. Normal, le mal est ailleurs.Malgré les études

lundi 19 mars 2012, par
( Cour Des Comptes|textebrut) , , , , , , ,

La réduction forcenée du coût du travail ne débouche sur aucun résultat positif pour l’économie française. Normal, le mal est ailleurs.

Malgré les études menées, notamment par la Cour des comptes et le Conseil Economique social et environnemental, le mythe de la baisse des charges sociales continue d’obséder les responsables politiques.

À chaque fois que la compétitivité de l’économie française est mise sur la sellette, un curieux consensus semble se dégager pour évoquer le coût du travail en France et déboucher sur une nouvelle proposition de baisses des charges sociales.

Or, si les études et les chiffres divergent le plus souvent sur le coût du travail et l’impact de la protection sociale, c’est avant tout parce qu’il n’est pas évident de comparer des données strictement comparables d’un pays à l’autre. Les systèmes de rémunération, de taxes et de cotisations sociales sont trop différents les uns des autres pour qu’une analyse rigoureuse permette de pointer le coût du travail de notre pays comme le phénomène majeur de notre manque de compétitivité.

Seule certitude, la France, en la matière, se situe dans la moyenne européenne. Une récente enquête publiée par l’Insee indique même que dans certains secteurs d’activité, le coût horaire de la main-d’oeuvre est plus élevé en Allemagne qu’en France. L’industrie automobile allemande est florissante et pourtant les modèles d’outre-Rhin ne sont pas spécialement bon marché et le coût horaire y est de 43,14 € contre 33,38 € en France.

L’argument du coût du travail et des charges sociales ne tient donc pas pour expliquer nos faiblesses économiques. Même la très libérale OMC (Organisation Mondiale du Commerce) évoque comme problématique essentielle de la faible compétitivité de nos entreprises, le manque d’innovation et d’investissement et la faiblesse des qualifications.

Un peu à l’image de la Grande-Bretagne, la charge récurrente contre les cotisations sociales, véritable cible des plaignants, vient de l’obsession de préserver à tout prix les marges et les profits des entreprises, surtout si elles ont des actionnaires, et à faire reporter sur les particuliers et les ménages tout le poids de la protection sociale. Les entreprises bénéficient, année après année, de millions d’exonérations de toute nature et le récent transfert de charges vers la TVA ne semble toujours pas satisfaire ces insatiables ogres que sont devenus les adeptes du résultat immédiat et maximum.

La Cour des comptes a souligné à plusieurs reprises l’inefficacité globale du crédit d’impôt recherche qui pèse pourtant lourdement sur les finances publiques. Plus de 20 milliards €, tel est le coût fiscal de cette mesure, considérée comme la niche fiscale la plus onéreuse par les magistrats de la rue Cambon qui vont même jusqu’à considérer qu’il s’agit d’une baisse déguisée du taux normal de l’impôt sur les sociétés.

Dans la situation de crise que nous connaissons, il est temps d’arrêter la précarisation du monde du travail et de se pencher sur les vraies faiblesses de notre économie. Il est illusoire de penser que la croissance économique repartira du seul fait d’un traité politique ou d’une nouvelle baisse du coût du travail, qui n’est par ailleurs qu’un composant du prix d’un produit.

Le dénigrement systématique de l’impôt et de la cotisation sociale, au sens générique, est une erreur dramatique. Ce sont les moyens d’une société équilibrée, juste et protectrice pour le plus grand nombre. Le contraire d’une vision libérale.

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