Patrons philanthropes : un oxymore ?

Etre un grand patron et agir de façon désintéressée pour les autres, possible ?

A l’instar de Bill Gates, des grands patrons contribuent via leurs fondation pour améliorer le quotidien de notre monde, intox ou véritable démarche solidaire ?

jeudi 30 août 2012, par
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Fondateur de la société emblématique de ce début de siècle, il compte parmi les trois hommes les plus riches du monde. Il a réussi sa vie personnelle avec autant d’éclat que sa carrière professionnelle, Bill Gates pour autant ne s’en tient pas là. Avec la même ardeur qu’il a mis à bâtir Microsoft, il fait vivre la fondation qu’il a créée, épaulé par son épouse Melinda : elle a dorénavant un rôle déterminant, sur le terrain en matière de lutte contre la pauvreté et pour le développement de l’éducation. Son action est réellement désintéressée. Certains commentateurs disent que cette prise de conscience a eut lieu lorsque Microsoft a été mis en cause pour abus de position dominante de son navigateur Internet Explorer. Alors, le patron de Microsoft s’est vu fortement critiqué par toute la presse. Une commission d’enquête a disséqué patiemment les pratiques de Microsoft. D’entrepreneur exceptionnel admiré par tous, Bill Gates s’est trouvé propulsé au rang de patron avide ne reculant devant rien pour arriver à ses fins. Il semblerait que cette remise en cause publique de son éthique l’ait fait réfléchir sur le sens de son action. Visiblement cette réflexion l’a amené à un engagement sincère visant à utiliser ces (énormes) moyens pour améliorer le monde.

A l’instar de Bill Gates, ils sont nombreux les décideurs, dans le monde, à dépasser les frontières de leurs seules fonctions pour donner à leurs entreprises un périmètre plus large, fait de solidarité, d’engagement et de responsabilité. La France, de ce point de vue n’est pas en reste. Depuis trois ans, la Fondation PPR dans le domaine des droits des femmes, la fondation Francis Bouygues finance les études supérieures de plusieurs dizaines de jeunes filles et de jeunes gens, tandis qu’à travers leur Fondation, Hélène et Edouard Leclerc se mobilisent pour l’art et la culture.

Au-delà des seuls résultats financiers, au-delà des seules considérations de développement économiques, nombreux sont les patrons qui veulent engager leur entreprise comme un nouvel acteur majeur de la vie sociale. « L’engagement personnel impulse l’engagement de l’entreprise, note Yves Guénin, le secrétaire général du groupe Optic 2000. Il est de notre responsabilité d’entrepreneur d’investir le terrain de la générosité ». Un point de vue que partage Lindsay Owen Jones, l’ancien directeur de l’Oréal qui assurent une participation active à l’Institut du cerveau et de la moëlle épinière. C’est aussi le pari vertueux que risque Marc Ladreit de Lacharrière, fondateur de Fimalac et propriétaire de Fitch, la troisième agence de notation mondiale, qui consacre une partie de son patrimoine à la Fondation Culture et Diversité. « Nous avons certes beaucoup travaillé et nous avons construit de belles réussites économiques, poursuit Yves Guénin. Personne toutefois, ni à titre individuel, ni à titre collectif, ne peut se contenter de cet acquis. Il en va de notre responsabilité de retranscrire nos expériences et nos réussites dans le terrain du mécénat et de la solidarité ».

Qu’elles soient à vocation humanitaire ou culturelle, les associations ont compris le parti qu’elles pouvaient tirer de cet état d’esprit. Un parti financier évident : par sa seule participation annuelle au Téléthon et son engagement au long cours auprès de l’AFM, Optic 2000 compte verser pour la seule année 2012 la somme d’un million d’euros à l’association et poursuivre à ce rythme pendant trois ans. De même, MSF, vacances en plein air ou Lire et faire Lire ne peuvent envisager de se passer des apports financiers mais aussi logistiques de la BRED.

Toutefois, il y a une autre façon d’envisager l’engagement. Plus immédiate. Il s’agit de l’engagement en interne qui constitue une véritable philosophie, un projet d’entreprise, dans le sens noble de l’expression. Quelle que soit la taille de l’entreprise qu’ils dirigent, certains dirigeants vont au-delà des considérations de rentabilité. « Nous ne pouvons vivre l’œil rivé sur le seul bilan », note avec humour Yves Guénin. Pour lui, son enseigne ne peut se contenter d’être un « vendeur de lunettes ». « Notre entreprise, c’est un métier. Et un métier particulier comme tous ceux qui touchent au domaine de la santé », poursuit-il soucieux de souligner qu’il est, à parts égales, un chef d’entreprise et un professionnel de la santé. « Nous travaillons dans un secteur où prime l’humain, à aucun moment nous ne pouvons oublier ce fondement ».

Fortes de ce projet, les entreprises mettent en place des réseaux de développement que l’on pourrait qualifier de « citoyens ». Choisir pour une chaîne d’implanter un magasin en cœur de ville, choisir pour un franchisé comme Optic 2000 de regagner le centre d’une ville ou à l’inverse de s’implanter dans un centre commercial à la lisière des villes, n’est pas neutre : ces options indiquent une réflexion en amont et une application sur le terrain du rôle de l’entreprise commerciale. Considérer qu’elle est aussi un acteur de premier plan de la vie sociale, participer à la construction ou à la reconstruction d’un lien social et urbain, faire en sorte que l’entreprise soit force de profit mais aussi vecteur de valeurs constituent les fondamentaux de ces nouveaux philanthropes de l’économie.

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