Législatives 2017 : quel avenir pour le système de santé ?

Même si elle peine à s’inviter dans le débat politique, la santé reste l’un des principaux sujets de préoccupation des Français… Or notre système de soins doit aujourd’hui faire face à de nombreux défis. Tour d’horizon des programmes des principaux partis sur le sujet, à la veille des législatives.

lundi 19 juin 2017, par
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Durant la campagne présidentielle, le débat sur la santé, quand il a eu lieu, s’est surtout focalisé sur l’amélioration de l’accès aux soins. En raison de fortes inégalités territoriales et financières, l’égalité dans ce domaine n’est en effet plus assurée. La lutte contre les déserts médicaux, en particulier, suscite différentes propositions de la part des principales forces politiques en course pour les élections législatives et aspirant à gouverner le pays.

Des mesures contre les déserts médicaux

L’augmentation du numerus clausus, qui fixe chaque année le nombre de candidats admis au concours de médecine, est l’un des leviers les plus utilisés. Il est inscrit au programme de la plupart des partis politiques. Les maisons de santé regroupant plusieurs professionnels sont également plébiscitées. La République en Marche, le parti du nouveau président de la République, compte en doubler le nombre d’ici la fin du quinquennat, quand le Parti socialiste veut en créer 1 500 supplémentaires, et tandis que Les Républicains proposent de créer « des maisons médicales et des structures de petite urgence de proximité ». Des mesures d’incitation à l’installation des médecins dans les zones où la densité médicale est la plus faible sont également sur la table. Le PS propose ainsi un soutien matériel et financier aux médecins qui s’installent dans les zones sous-dotées et l’implantation de médecins salariés dans les territoires en pénurie. Le Front national souhaite instaurer un stage d’internat dans une zone désertifiée, tandis que Debout la France prévoit d’exonérer de charges sociales les médecins qui s’installent dans ces déserts médicaux. La France Insoumise veut, elle, que des médecins généralistes fonctionnaires exercent dans des déserts médicaux pendant leurs études.

Pour lutter « contre les inégalités sociales et territoriales de santé », la République en Marche mise également sur le développement de la télémédecine. Emmanuel Macron prévoit ainsi un plan d’investissement de cinq milliards d’euros dans les soins primaires, l’innovation en santé, le déploiement de la télémédecine et l’hôpital de demain.

Réduire le « reste à charge »

En matière d’accès aux soins, la dimension financière a également son importance et le débat se concentre en particulier sur le « reste à charge » trop important que doivent supporter les Français sur les dépenses liées à la santé dentaire, visuelle ou auditive.

Le parti du nouveau président de la République se fixe ainsi l’objectif d’une prise en charge à 100 % des soins dentaires, optiques et auditifs d’ici 2022. Pour cela, il prévoit de favoriser la concurrence, en instaurant notamment trois contrats types que devront proposer assureurs et mutuelles pour garantir la transparence et faciliter les comparaisons. Les Républicains visent également un « reste à charge » nul pour les dépenses de santé les plus coûteuses pour les familles, grâce à un nouveau partenariat entre la Sécurité sociale et les organismes complémentaires.

Debout le France recommande aussi une prise en charge à 100 % de ces soins en définissant des prestations standard à coût fixe, négociées avec les professionnels de santé et les industriels. La France Insoumise veut, elle, rembourser à 100 % les actes médicaux en intégrant les mutuelles à la Sécurité sociale, dans une « Sécurité sociale intégrale »… Tandis que le Front national défend la garantie d’une Sécurité sociale pour tous les Français et le remboursement de l’ensemble des risques pris en charge par l’Assurance-maladie.

Pour « garantir l’avenir de notre système de santé et mieux rembourser les Français », Les Républicains souhaitent également « renforcer l’exercice libéral de la médecine » et « engager une vaste consultation avec tous les acteurs de santé ». Côté République en Marche, on entend « soutenir les initiatives et les expérimentations des professionnels de santé, médicaux, paramédicaux, hospitaliers et libéraux, afin de renforcer la coordination des soins et de mieux accompagner les malades dans leur parcours ».

Qui veut la peau des réseaux de soins ?

En matière d’accès aux soins, d’optimisation du parcours des patients et de réduction des dépenses, les réseaux de soins ont fait leurs preuves. Agréées par des organismes complémentaires, ces plateformes passent des conventions avec des professionnels de santé (dentistes, opticiens, audioprothésistes, etc.) s’engageant sur un certain nombre de critères en termes de qualité et de tarifs. Encouragés par la loi Le Roux de janvier 2014, ces réseaux se sont fortement développés au cours des dernières années et bénéficient aujourd’hui à un nombre croissant de Français (+ 45 % entre 2011 et 2015).

Pourtant des syndicats de professionnels de santé libéraux, ainsi que plusieurs parlementaires Les Républicains, ont affirmé leur opposition à ces plateformes de santé, qui nuiraient, selon eux, à la liberté des professionnels. Le député LR Daniel Fasquelle avait ainsi déposé en octobre 2015, sans succès, une proposition de loi contre les réseaux de soins. C’est dans ce contexte que Carte Blanche Partenaires, l’un des principaux acteurs du secteur, a demandé, en avril dernier, aux six principaux candidats à l’élection présidentielle leur position sur la pertinence de ces plateformes de santé. Résultat : quatre des six candidats interrogés se sont prononcés en faveur des réseaux de soins ouverts (c’est-à-dire ne fixant pas de numerus clausus pour les professionnels de santé pouvant adhérer au réseau). Ainsi que le martèle le directeur de Carte Blanche Partenaires, Jean-François Tripodi, la vocation des réseaux de soins ouverts est « d’améliorer en permanence l’équilibre entre l’intérêt économique du patient, celui des professionnels de santé, et celui des Assureurs santé. C’est le seul moyen de pérenniser notre système de santé sans mettre en péril la qualité des soins. »

Seuls Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon n’y sont pas favorables : la première ne souhaite pas leur extension, estimant que « les mutuelles s’immiscent trop dans l’organisation du système de santé », tandis que le second les juge logiquement incompatibles avec sa volonté d’une disparition des complémentaires santé.

Par contre, Nicolas Dupont-Aignan voit dans les réseaux de soins ouverts « une belle initiative visant à orienter les Français vers les meilleurs soins » et Benoît Hamon, « un bel exemple d’un partenariat gagnant-gagnant pour augmenter l’accès aux soins et faire baisser la facture pour l’assuré ». Quant à Emmanuel Macron et François Fillon, s’ils s’opposent aux réseaux fermés, ils voient dans les réseaux de soins ouverts une solution « dans les domaines où le financement des complémentaires est majoritaire ».

Prévention, tiers-payant, déficit…

En amont des parcours de soins, la prévention est également un sujet important du débat politique sur la santé. La République en Marche, en particulier, en a fait l’un des principaux axes de son programme, constatant que notre pays n’est pas assez performant pour combattre les facteurs de risque comme le tabagisme, l’alcoolisme, l’obésité ou la sédentarité. Une insuffisance donnant lieu « à de vraies inégalités sociales ». Le parti du nouveau président de la République en appelle donc à une véritable révolution dans ce domaine. Un service sanitaire de trois mois sera ainsi créé pour tous les étudiants en santé afin que 40 000 d’entre eux puissent intervenir dans les écoles et les entreprises pour mener des actions de prévention. Les Républicains veulent également « faire de la France le pays européen en pointe dans le domaine de la prévention de santé » : chaque Français aura droit à une consultation de prévention médicale tous les deux ans, remboursée par la Sécurité sociale. Le Parti socialiste met, de son côté, l’accent sur la prévention des risques et sur l’interdiction des pesticides dangereux et des perturbateurs endocriniens.

S’agissant du tiers payant généralisé, mis en place sous le quinquennat précédent, LR veut le supprimer, tandis que La République en Marche veut « prendre le temps d’évaluer ses bénéfices et les contraintes qu’il pourrait induire ». Enfin, dernier sujet et non des moindres, celui du déficit de la Sécurité sociale : Les Républicains souhaitent purement et simplement « l’interdire », tandis que La République en Marche prévoit de « réaliser, grâce à un rythme maîtrisé de progression des dépenses de santé, 15 milliards d’euros d’économies sur cinq ans » sans « qu’aucun soin utile ne soit déremboursé »…

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