Entreprises coopératives : l’éthique du métier, une formule gagnante

Les coopératives sont omniprésentes dans le tissu économique français. Pourtant, leur fonctionnement est méconnu du grand public. Un fonctionnement qui repose sur une bonne gouvernance et sur le respect de l’éthique et de valeurs solidaires.

mercredi 1er novembre 2017, par
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( Entreprise|textebrut)

Elles sont partout. Leurs produits se trouvent dans vos placards et réfrigérateurs, ils se posent sur votre nez ou vous aident à gérer votre argent au quotidien. Que ce soit dans l’agroalimentaire, l’artisanat, la grande distribution, le transport, la santé ou la banque, les coopératives rivalisent aujourd’hui avec les entreprises traditionnelles. Leur point fort : une bonne gouvernance et des valeurs fortes, héritées des principes de l’économie sociale et solidaire. Avec, pour clé de voûte, un sens de l’éthique qui fait parfois défaut aux grands groupes.

Puissantes et résolument modernes

Elles sont partout certes, mais que sont-elles exactement ? Selon la définition donnée par l’ACI (Alliance coopérative internationale), ce sont des « associations autonomes de personnes volontairement réunies pour satisfaire leurs aspirations et besoins économiques, sociaux et culturels communs, au moyen d’une entreprise dont la priorité est collective et où le pouvoir est exercé démocratiquement ». Toutes les décisions sont prises de cette manière : une voix = un vote. Les salariés et les sociétaires sont tous égaux en droit. Pilier de ce que l’on appelle désormais l’économie sociale et solidaire, elles sont devenues très puissantes. A elles seules, elles représentent 30% du commerce au détail en France, avec près de 117 milliards de chiffres d’affaires. Un poids colossal donc, mais qui ne les empêche pas d’être fidèles à leur vocation.

Le premier exemple qui vient en tête – le plus connu du grand public à cause d’une publicité qui passe en boucle sur le petit écran – est issu du secteur bancaire. Créé en Allemagne en 1847, le Crédit Mutuel est une banque coopérative et mutualiste, régie par la loi du 10 septembre 1947. Sa dimension nationale et internationale (2107 caisses locales en France, 81657 salariés, 30,7 millions de clients dont 7,7 sociétaires) fait d’elle un acteur de premier plan du secteur bancaire. Tout en étant unique : ses réserves étant impartageables, elle ne peut pas faire l’objet d’une OPA. « La coopérative mutualiste est un modèle fort, c’est une idée résolument moderne, explique Nicolas Théry, président de la CNCM (selon le nom complet de la Confédération nationale du Crédit mutuel). Nous avons le souci constant d’une innovation technologique mise au service de l’humain, le souci de l’éthique, de la responsabilité, de la déontologie et de l’exemplarité dans notre gouvernance. »

Ethique, responsabilité, déontologie. Ces trois mots résonnent forcément aux oreilles de tous les acteurs des coopératives. La grande distribution compte elle aussi dans ses rangs ce type d’entreprises. C’est le cas par exemple d’Optic 2000, le premier réseau d’opticiens de France. Groupe créé en 1969, il fédère aujourd’hui 2304 magasins en France et réalise un chiffre d’affaires en 2016 de 905 millions d’euros, en hausse de 1,8% par rapport à l’année précédente sur un marché pourtant au bord de la saturation. La raison de ce dynamisme ? Probablement le capital de confiance dont jouit l’enseigne auprès des Français : la coopérative s’est dotée en 2014 d’une charte de déontologie en dix points. Ces engagements vont des diplômes des opticiens au respect des devis en passant par celui des relations avec les organismes complémentaires d’assurance maladie ou par l’accueil des clients en boutique. Objectif final : gagner la confiance des consommateurs et renforcer la lutte contre les pratiques de facturation de complaisance qui, au début des années 2000, avait terni la réputation du secteur.

Les certifications, un gage de confiance

Toutes les entreprises coopératives aujourd’hui entendent faire savoir qu’elles font du business autrement. Pour cela, elles ont recours à des organismes de certification indépendants. Ainsi, Optic 2000 a obtenu en 2011 la certification Afnor – nº1 en France dans le domaine des labels de qualité – qui atteste de la qualité de ses services en optique. « La certification Afnor nous aide à optimiser la satisfaction client et facilite le management, explique Patrice Kauffmann, opticien et responsable de plusieurs magasins en Alsace. 70 à 80% du protocole à mettre en place étaient déjà utilisés au quotidien dans nos magasins. » C’est le cas par exemple du logiciel de facturation verrouillé PVO, mis en place dès 2008 dans l’ensemble de la chaîne. Un système informatique assurant une fiabilité à 100% dans tout le processus de vente. « Désormais, le niveau de service est constant et identique dans chacun de mes magasins, poursuit M. Kauffmann. Nous affirmons ainsi notre différence et l’éthique de notre enseigne. Résultat, depuis trois ans, j’enregistre une augmentation annuelle moyenne de mon chiffre d’affaires de 4%. » Comme quoi, éthique et business peuvent faire bon ménage.

Car si les clients sont en effet toujours au centre de l’attention, les salariés de ces entreprises pas comme les autres sont également soignés. Tereos, nº1 de l’industrie du sucre regroupant 12000 agriculteurs en France, a lui aussi sa charte éthique interne, reposant sur quatre piliers : le respect des salariés, le respect des associés et partenaires, le respect des clients et fournisseurs, et enfin celui de l’environnement. Une démarche sanctionnée par les certifications ISO/FSSF 22000 et ISO 9001, pour l’intégralité des sites de production en Europe. « Le groupe s’engage sur la qualité et la sécurité alimentaire mais également sur les conditions de production, précise Thierry Lecomte, président du conseil de surveillance de Tereos. Le respect de l’éthique des affaires, la transparence sur l’origine des produits ainsi que la sécurité de nos collaborateurs sont au cœur de notre engagement envers nos clients. »

Dans le cas du Crédit mutuel, c’est l’organisme Finansol qui apporte sa crédibilité et sa transparence. Selon le président du comité de ce label, Jean-Pierre Lefranc, la mission de son organisme de certification est « de garantir une analyse qualitative des placements dans un contexte de profonde mutation du secteur [bancaire], d’accompagner le développement des outils financiers pour que chaque épargnant puisse avoir un impact social et/ou environnemental concret, et enfin d’encourager la promotion de produits financiers innovants tout en respectant l’exigence éthique de la finance solidaire ».

Au plus près de l’économie locale et solidaire

Qui dit économie solidaire, dit relations de proximité et de confiance. C’est même une obligation de nos jours où la relation client est au cœur des stratégies de communication d’une grande majorité d’entreprises. « La caisse locale en tant que coopérative de proximité constitue un formidable atout, remarque Pascal Durand, directeur général de la CNCM. En tant que banque de terrain, c’est elle qui connaît le mieux son économie locale et qui est la plus à même de sélectionner les risques. Nous sommes le seul acteur bancaire à être organisé sous la forme d’un réseau de plus de 2100 coopératives de proximité. Notre enjeu est de faire prospérer nos valeurs communes autour de la subsidiarité, de la solidarité et de la responsabilité. »

Une solidarité qui se transpose également dans des actions très concrètes, comme des dons accordés à des associations et des actions caritatives. La fondation Optic 2000 – créée en 2009 – finance des projets liés à la santé visuelle et auditive à travers le monde, comme en Mauritanie ou au Burkina Faso. « L’objectif est de n’avoir aucun frais de fonctionnement, assure Didier Papaz, PDG du groupe. Un euro mis sur la fondation est un euro dépensé. » Qui dit mieux ?

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