Qui pratique la consultation médicale à 23 euros ?

Qui parle encore d’une médecine équitable pour tous...

La renégociation de la convention entre les médecins et l’Assurance-maladie s’égare des problèmes de fond pour se centrer sur la rémunération future des

lundi 30 mai 2011, par
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La renégociation de la convention entre les médecins et l’Assurance-maladie s’égare des problèmes de fond pour se centrer sur la rémunération future des médecins.

Pour justifier une nouvelle augmentation des consultations de généralistes, 2 des principaux syndicats de médecins proposent une rémunération à la performance...

Comme hélas bien souvent, les fonds se substituent au fond des choses. Alors que l’accès aux soins, les dépassements d’honoraires et la désertification devaient être à l’ordre du jour du renouvellement de la convention entre l’Assurance-maladie et les représentants des médecins, c’est finalement l’augmentation des tarifs de ces derniers qui semble la priorité.

Le prix de la consultation est officiellement de 23 € depuis le 1er janvier 2011, et les principaux syndicats de médecins souhaitent qu’il soit porté à 25 €. Or les acteurs de ce débat doivent se soigner eux-mêmes sur une autre planète, car trouver un médecin généraliste qui ne vous facture que 23 € sa consultation relève, notamment en région parisienne, de la haute performance !

C’est justement la performance que prétendent mettre en avant les 2 principaux syndicats de médecins pour obtenir une amélioration substantielle de leurs revenus agrée par l’Assurance-maladie ! Or, il existe déjà un contrat de cette nature, le CAPI (contrat d’amélioration des pratiques individuelles), qui fait que chaque médecin signataire s’engage à suivre les recommandations de prescription inhérentes à son engagement avec la CNAM. Si les prescriptions du médecin sont conformes aux normes acceptées, il reçoit une prime de quelques milliers d’euros en fin d’année.

Résultat, il perd progressivement son autonomie de prescripteur et l’aspect financier prime de façon perverse sur l’aspect santé et soins.

On patauge de plus en plus dans un marigot de crocodiles qui ont dévoré tout cru, et depuis longtemps, Hippocrate. Comment taire que certains généralistes n’hésitent pas à facturer leurs services entre 30 et 50 €. Les statistiques de la profession font apparaître que les nouveaux médecins qui s’installent sont bien plus nombreux que leurs prédécesseurs à pratiquer le dépassement d’honoraires. Pour l’année 2010, 60% des nouveaux praticiens ont choisi les honoraires libres contre 40% pour les médecins déjà installés.

Le débat sur une politique de santé publique, accessible à tous, et sur tout le territoire, passe aux oubliettes au moment où la pratique des dépassements d’honoraires est devenue si scandaleuse qu’un syndicat professionnel - MG France - évoque la situation en des termes forts : Ce n’est plus supportable pour la population, et c’est un vrai problème pour les généralistes, qui ne trouvent plus facilement des spécialistes à un tarif acceptable par leurs patients. Les dépassements étaient auparavant un problème pour une petite partie de la population, mais aujourd’hui, même des personnes gagnant leur vie peuvent ne pas pouvoir assurer, ponctuellement, une dépense très élevée.

Pendant ce temps-là, on continue d’appliquer un numerus dévastateur et stupide puisqu’il aboutit, entre autres, à faire que l’offre de médecins soit plus faible que la demande. Une sacrée performance, oui !

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