Instauré en 2010, le contrat d’engagement de service public (CESP) est censé être l’outil clé de la lutte contre la désertification médicale ; mais séduit-il les étudiants.
Plutôt la carotte que le bâton, c’est la philosophie qui a présidé à la mise en place du CESP.
Comment lutter contre la désertification médicale qui frappe déjà plusieurs régions et qui cible plus durement certaines spécialités, dont celle de généraliste, telle est l’équation difficile que doivent résoudre dans l’urgence les pouvoirs publics, faute d’avoir anticipé un phénomène pourtant largement prévisible. À leur décharge, le changement de comportement des étudiants en médecine et des jeunes praticiens est venu compliquer la donne.
Le sacerdoce n’est plus de mise dans un secteur qui s’est énormément féminisé, et la recherche d’un emploi salarié en milieu hospitalier est devenu bien préférable au statut libéral et à l’exercice en cabinet individuel. Face à cette crise des vocations, et surtout au déséquilibre entre les spécialités et les régions, l’idée de mettre en place le CESP est apparue comme une mesure de bon sens. De plus, en évitant une approche autoritaire, elle permettait de ne pas se mettre à dos toute une population professionnelle qui sait faire preuve à l’occasion d’un lobbying puissant.
En raccourci, le CESP ouvre droit à une allocation mensuelle (1 200 €) versée aux étudiants ou internes, qui, en contrepartie s’engagent à exercer leurs fonctions à compter de la fin de leur formation dans les lieux d’exercice où l’offre médicale est menacée ou insuffisante. La durée de l’engagement est égale à celle pendant laquelle l’allocation leur a été versée et ne peut être inférieure à 2 ans. Le dispositif associe bien entendu les ARS (agences régionales de santé), notamment pour l’identification des besoins et les affectations des contractants.
Plus d’un an après sa création, le CESP a fait l’objet d’une évaluation par le ministère de la Santé dont les conclusions sont intéressantes.
Premier constat : les objectifs ne sont pas atteints et les 400 contrats budgétés pour la première année d’application n’ont trouvé que 148 volontaires. Explication partielle, mais importante, le public concerné par le dispositif en a eu connaissance essentiellement par le bouche à oreille et par Internet. Les ARS ont complètement failli en la matière, puisqu’à peine 10% des étudiants et internes déclarent avoir eu connaissance du dispositif par leurs soins.
Quant à ceux qui ont refusé de s’engager dans le CESP ils sont plus de 80% à déclarer vouloir conserver leur liberté de choix de spécialité et de lieu futur d’installation. Près de 50% des étudiants ne souhaitent pas s’engager dans un processus qu’ils estiment rigide et opaque et seuls 15% d’entre eux envisagent de souscrire dans l’avenir un CESP.
Il serait dommage que faute de publicité et de moyens, une des rares mesures positives de la loi HPST ne vienne pas prendre toute sa place dans la lutte pour le maintien d’un service de santé de qualité sur tout le territoire national, d’autant que le dispositif permet à des jeunes de milieu modeste d’accéder à des études médicales dont le coût reste prohibitif et discriminant.
Le CESP est un peu condamné à réussir, car, à défaut, des mesures d’autorité ne pourraient plus être évitées, par quelque majorité politique que ce soit.







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