Construction en bois : les nuisibles contre-attaquent

Insectes et champignons pullulent dans nos habitations. Les traitements, souvent onéreux, doivent sans cesse s’adapter à cette menace.

mardi 10 octobre 2017, par
( Insectes|textebrut) ,

Un problème de santé publique

Preuve que la boutade s’arrête là, le gouvernement français a pris des mesures pour lutter contre cet ennemi (presque) invisible. Le ministère de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer a pris conscience que ces insectes nuisibles constituaient un réel danger. Des réglementations existent pour contrecarrer la prolifération des insectes xylophages et des champignons lignivores qui dégradent le bois et ses dérivés utilisés dans le bâtiment. Ces « bestioles » peuvent causer de réels dégâts, menant parfois à l’effondrement des structures.

Ont ainsi pris place dans le Code de la construction et de l’habitation une vingtaine d’articles (L112-17, L133-1, L-133-6…) cadrant la prévention et la lutte contre les termites et autres insectes, et définissant les foyers infestés et les zones géographiques particulièrement touchées. Les principaux concernés sont évidemment les propriétaires et les occupants d’immeubles, l’Etat, les entreprises de démolition… Les conseils municipaux doivent déterminer les secteurs du territoire communal à traiter. Les propriétaires concernés reçoivent alors une injonction des pouvoirs publics pour procéder aux travaux de prévention et d’éradication nécessaires. En cas de démolition, les bois et les matériaux contaminés doivent faire l’objet d’une incinération immédiate, sur place, ou doivent subir un traitement s’ils doivent être transportés dans le cas où l’incinération in situ ne serait pas possible techniquement. Chaque acteur est ainsi impliqué dans les campagnes d’éradication. Pourtant, ces insectes nuisibles continuent de faire parler d’eux.

Les limites du bois comme matériau

En Corse, les termites n’ont que faire des dispositions gouvernementales. Les deux départements insulaires, et plus particulièrement les zones portuaires et humides, sont violemment touchés depuis le début de l’année. Les termites sont très friands du sucre présent dans la cellulose du bois. Depuis une quinzaine d’années, l’Ile de beauté est régulièrement touchée par ce fléau, ce qui a poussé la préfecture à imposer un « diagnostic termites » préalable à toute transaction immobilière. Interrogé sur France 3, l’expert Allan Oliveau n’y va pas par quatre chemins : « Les termites font de très gros dégâts. Cela peut mettre en cause la résistance mécanique des bois. A ce moment-là, il faut remplacer le bois et faire un traitement qui est très onéreux, en fonction du type de construction. » En mars dernier, les copropriétaires d’une résidence d’Ajaccio ont dû payer 8000 euros pour qu’une entreprise procède à l’injection d’un traitement curatif du bois, à la fois insecticide et fongicide.

Plus au nord, la capitale française fait elle aussi face à une invasion que l’on ne soupçonnerait pas : celle des punaises de lit. Selon Olivier Perret, directeur de la Régie immobilière de la ville de Paris (la RIVP représente 1000 logements sociaux sur Paris, soit le 2e plus gros bailleur de la capitale), le phénomène est récent : « Cette infestation remonte à deux ou trois ans. Nous pensons que ces punaises viennent d’Amérique du Nord. » En 2016, la Chambre syndicale des industries de désinfection, désinsectisation et dératisation a recensé pas moins de 180000 foyers infestés en France.

Ces petits insectes de quelques millimètres seulement s’invitent dans les maisons et sucent le sang des habitants pendant leur sommeil. Et ces punaises peuvent être partout : dans les maisons, les hôpitaux, les transports en commun, les hôtels, les salles de cinéma… Les personnes touchées décrivent des troubles très envahissants, à la fois physiquement (allergies, démangeaisons…) et psychologiquement. Selon l’Agence régionale de santé (ARS) de la région Ile-de-France, « ces punaises sont perçues comme simple nuisance car elles ne sont pas vectrices de maladies ». Pourtant, de nombreux témoignages présentent ces infestations comme un véritable enfer au quotidien.

Des remèdes parfois surprenant

A chaque nuisible son remède. Dans le cas des punaises de lits, la RIVP citée plus haut expérimente à l’heure actuelle une solution d’éradication plutôt originale : la congélation. « C’est un procédé venu du Canada, poursuit M. Perret. Nous plongeons les sommiers et les meubles des locataires dans des chambres froides. A -25ºC, les punaises ne survivent pas. » Evidemment, une telle démarche est difficilement envisageable à grande échelle.

Cette recrudescence de punaises à Paris présente également un volet économique. De nombreuses société spécialisées dans le traitement des rats ou des cafards se diversifient et investissent. Dans des moyens humains (avec des chiens renifleurs de punaises) et dans les moyens techniques. Les propriétaires et les bailleurs sociaux, eux, commencent à intégrer ces traitements dans les charges locatives. Au-delà d’un certain seuil, c’est le bailleur qui prend à sa charge le traitement. La RIVP donne pour exemple un bâtiment de 320 logements dans le 19e arrondissement de Paris, dont le traitement a coûté 170000 euros.

Qui dit traitement, dit également produits chimiques plus ou moins eco-friendly. Plutôt moins que plus, d’ailleurs. Le traitement et l’entretien des structures en bois entraînent souvent un surcoût pour ce type de construction, et nécessitent l’utilisation de produits nocifs pour l’environnement, qu’ils soient préconisés pour l’intérieur ou l’extérieur.

Outre les insectes comme les termites ou les punaises, existe également la menace des champignons, principalement les mérules pleureuses, elles aussi friandes de la cellulose du bois. Ces moisissures ont elles aussi conduit les pouvoirs publics à voter une loi, la loi Alur de 2014, similaire à celle visant les démarches en cas d’infestation de termites. L’an dernier, plus de 13000 chantiers touchés par des champignons lignivores (qui se nourrissent de bois humide) ont été recensés en France. Les préconisations principales face à la prolifération de ces micro-organismes sont triples : limiter l’humidité de l’air, ventiler les habitations et éviter les points de condensation.

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