On vit apparemment plus longtemps, d’où l’idée de travailler plus longtemps : Est-ce bien cohérent ?
Dans le débat confus et trop souvent purement financier du projet de réforme des retraites, on a peu parlé des chiffres qui comptent... sur l’espérance de vie.
Il ne faut pas oublier l’essentiel, concernant l’espérance de vie Si statistiquement la durée de vie moyenne a augmenté, c’est essentiellement parce ce que l’on peut mieux se soigner et que l’obligation de travailler pour satisfaire ses besoins a été compensée par les systèmes de protection sociale et de retraite solidaire.
N’oublions pas que dans de nombreux pays où il n’y a, malheureusement, ni protection sociale ni retraite, l’espérance de vie est beaucoup plus faible que dans les pays occidentaux : 53 ans pour les hommes et 55 ans pour les femmes en Afrique !
Se pose inévitablement le problème de la santé. Autrement dit, doit-on être invalide pour être en retraite ? L’espérance de vie en bonne santé, mesurée par l’INSEE, c’est-à-dire le nombre d’années en bonne santé n’est que de 63,1 ans pour les hommes, et 64,2 ans pour les femmes. Voilà une donnée fondamentale passée trop souvent sous silence et qui modifie fondamentalement l’approche du problème des retraites telles qu’on l’entend trop souvent.
Environ 25 000 personnes décèdent chaque année entre 60 et 65 ans. Reculer l’âge légal de la retraite à 65 ans aurait immanquablement comme conséquence de priver ces personnes de tout bénéfice de la retraite.
La Caisse nationale d’assurance-vieillesse des travailleurs salariés (CNAVTS) constate qu’avant 1983, c’est-à-dire avant l’abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans, 42% des pensions étaient attribuées au titre de l’invalidité ou de l’inaptitude au travail, proportion qui, avec l’abaissement de l’âge de la retraite à 60 ans, a été réduite à 18% en 2009. Cela représente encore 117 942 salariés sur un total de 660 471 nouveaux retraités.
Faut-il pour plaire aux marchés financiers, retourner en arrière et arrêter le progrès social ? A-t-on d’ailleurs mesuré l’impact du droit à la retraite sur l’augmentation de l’espérance de vie à 60 ans ? Quel serait le risque sur l’espérance de vie des générations futures d’un recul de l’âge de la retraite ?
Sortir d’un schéma purement comptable permet de mieux se rendre compte de l’importance des enjeux d’une réforme des retraites. D’ailleurs, les employeurs eux-mêmes ne s’y trompent pas : dans un sondage récent, tout en se disant favorable au recul de l’âge de la retraite au-delà de 60 ans, la grande majorité des chefs d’entreprise (61%) considère qu’au sein de leur entreprise, on peut rester en activité dans de bonnes conditions seulement jusqu’à 60 ans et moins !
Alors, devrait-on prendre le risque d’arrêter le progrès uniquement parce que les marchés financiers y voient, eux, une contrainte ?







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