 L'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) se bat pour que l'homme reste maître de sa propre vie jusqu'au moment ultime.
Une position humaniste clairement revendiquée qui mérite que l'on s'y arrête. Pour mieux comprendre les questions posées par l'euthanasie, Zurbains.com a rencontré pour vous Jean-Luc Romero, président de l'ADMD.
Zurbains.com : Vous êtes un élu bien connu, mais aussi, et peut être surtout un militant associatif très engagé sur des problèmes fondamentaux de notre société. Comment devient-on président de l'ADMD ?
Jean Luc Romero : J'ai été personnellement confronté à la souffrance et à la mort de proches et d'amis, parfois dans des conditions révoltantes, et à travers les autres combats que j'ai menés depuis plus de 30 ans, l'engagement pour la reconnaissance de l'euthanasie venait en complément très naturellement. Ensuite, comme cela se passe souvent dans le parcours d'un militant, j'ai été amené à prendre de plus en plus de responsabilités au sein de l'ADMD.
Zurbains.com : Proclamer le droit pour l'homme de maîtriser sa fin de vie met-il l'ADMD en conflit avec les conceptions religieuses traditionnelles ?
Jean Luc Romero : Nous ne rencontrons pas de difficultés particulières, d'une façon générale, avec les croyants qui ont bien compris le sens de notre démarche. En revanche les hiérarchies religieuses caricaturent notre combat en l'assimilant à une revendication pour le droit de tuer. En ce sens, elles sont fidèles à une ligne constante qui les a vues constamment s'opposer à toute évolution de la société, que ce soit en matière de contraception, de reconnaissance de l'homosexualité et de la liberté de disposer de son propre destin.
Nous aimons la vie, ce que nous refusons c'est la souffrance et la violence d'une mort qui serait décidée par autrui.
Zurbains.com : La démarche philosophique de l'ADMD repose sur le fait que l'homme soit conscient de son état et en capacité de faire connaître clairement sa volonté de mettre fin à ses jours pour abréger ses souffrances. Mais la décision n'est-elle pas plus difficile quand c'est un tiers qui doit décider pour le proche qui n'est plus en état de le faire lui-même ?
Jean Luc Romero : C'est justement pour cela que nous insistons sur le fait que chacun puisse prendre le temps de faire connaître sa volonté, si possible par écrit, quant à sa fin de vie qui, ne l'oublions pas, est un moment incontournable pour tous. Outre une disposition écrite, faire connaître ses souhaits en la matière à un proche ou à une personne de confiance est fondamental. Ce n'est pas à un médecin, qui ne connaît pas le malade, de prendre pour lui une décision si forte.
Zurbains.com : Comment distinguer le suicide d'une décision de gérer sa fin de vie en intégrant que le critère de l'âge n'est pas lié, contrairement à celui de la souffrance ?
Jean Luc Romero : Je préfère l'idée de fin de vie ou de suicide assisté face à la souffrance.que ressent un être humain. Notre démarche se situe dans l'accompagnement et non dans l'encouragement d'une décision qui n'appartient qu'à la personne elle-même.
Zurbains.com : La récente affaire du docteur Bonnemaison, médecin urgentiste, qui vient d'être suspendu de ses fonctions par le ministre de la Santé, met en lumière les conditions extrêmement difficiles dans lesquelles des médecins doivent prendre, sans délai, une décision de vie ou de mort d'un malade. Une loi peut-elle encadrer ce laps de temps et la solitude ce celui qui prend la décision ?
Jean Luc Romero : Nous sommes bien sûr dans l'hypocrisie totale. Les médecins pratiquent au quotidien une euthanasie passive et active sans le consentement formulé du malade. La priorité absolue que doit mettre en avant le législateur, c'est le respect de la volonté de la personne.
Zurbains.com : La loi Léonetti, très peu médiatisée, essaie d'ouvrir un chemin entre le principe d'interdiction de donner délibérément la mort à autrui et l'interdiction de l'obstination déraisonnable, autrement dit de l'acharnement thérapeutique. Est-ce pour vous une avancée ou un refus de prendre plus clairement position ?
Jean Luc Romero : Si une loi n'est pas connue, c'est qu'elle est mauvaise, en ce sens que personne ne s'en est emparé réellement. La loi Léonetti est une loi à minima, faite pour répondre à l'opinion publique qui s'est émue de certains cas douloureux et médiatisés.
Qui ne se souvient du cas du jeune Vincent Humbert, ce jeune homme devenu tétraplégique à la suite d'un accident, qui réclamait le droit de mourir, et dont la mère fut poursuivie pour "administration de substances toxiques", puis relaxée. La loi léonetti est dans ses insuffisances le témoignage du manque de courage des responsables politiques.
Zurbains.com : Un certain nombre de pays comme la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suisse ont des législations qui vont beaucoup plus loin dans la reconnaissance du doit à mourir dans la dignité. Vous qui êtes aussi un élu, comment jugez-vous les réticences politiques et culturelles françaises sur ce thème ?
Jean Luc Romero : Nous vivons dans un contexte qui voit le lobbying effrayant de véritables mandarins parlementaires, beaucoup de ces derniers appartiennent au corps médical, qui développent et soutiennent des théories qui infantilisent le malade, comme si le fait d'être en difficulté de santé rendait systématiquement une personne incapable de prendre une décision la concernant.
Il existe une pression énorme de l'Église catholique, organisée auprès des élus à partir de la basilique Ste Clotilde. Ce poids de l'église tient à ce que nos assemblées sont composées d'élus dont l'âge moyen est de 59 ans, soit bien plus que chez les pays voisins et cette génération est encore marquée culturellement par le poids de l'église.
Le combat que nous menons repose sur les valeurs de liberté et de responsabilité. Le malade est un citoyen à part entière, et non un mineur, et ce, jusqu'au terme de son existence.
Suite de l'interview dans la partie 2 à suivre...
M.Maupied
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