 Selon Pôle Emploi, environ 1 million de personnes indemnisées jusqu'à présent par l'assurance-chômage vont perdre leurs droits cette année... Ce parcours mène à la précarité, mais de qui s'agit-il exactement ?
Pour de nombreux économistes, une bombe sociale se prépare avec l'augmentation des chômeurs en fin de droits.
Que recouvre l'appellation chômeur en fin de droits ? Il s'agit d'une personne qui n'a pas retrouvé de travail à la fin de la période durant laquelle elle a droit à une indemnisation par l'assurance chômage, comprise entre 4 mois et 2 ans (3 ans si elle a 50 ans ou plus).
A combien estime-t-on le nombre de personnes concernées ? Selon les statistiques officielles, 850 000 chômeurs ont été touchés en 2009. Un million pourrait l'être cette année selon Pôle emploi.
La hausse est-elle l'effet de la crise ? La récession, qui a précipité au chômage des vagues de salariés depuis plus d'un an, a réduit les possibilités de retrouver un emploi. Les conditions d'indemnisation, négociées entre les syndicats et le patronat (Medef, UPA, CGPME) gérant l'assurance chômage, se sont aussi durcies sur fond de déficits. La possibilité d'être indemnisé dès 4 mois de cotisations augmente mécaniquement le nombre de fins de droit.
Quelle est la situation générale ? Certains chômeurs ayant épuisé leurs droits aux allocations chômage peuvent prétendre à l'Allocation de solidarité spécifique (ASS, 454 euros par mois environ) ou au Revenu de solidarité active (RSA) versés par l'État.
16% des fins de droits restant inscrits à Pôle emploi basculent en ASS, et 22% au RSA. Mais tous n'y ont pas droit, car ces minimums sont accordés en fonction des ressources du ménage et selon le patrimoine du demandeur. Une partie des demandeurs d'emploi n'a donc pas de revenu de remplacement. Certains ne pointent plus et disparaissant des statistiques.
Quelles solutions sont évoquées ? Prolonger l'indemnisation par l'assurance chômage, ce que revendiquent la plupart des syndicats. Cela coûterait 1,342 milliard d'euros pour 3 mois. Un accès assoupli à l'ASS est demandé par la plupart des syndicats.Certains d'entre eux réclament aussi une surcotisation chômage des entreprises recourant massivement à l'intérim et aux CDD.
Depuis juin 2009, partenaires sociaux et gouvernement se renvoient la balle. Les syndicats, inquiets d'un risque de paupérisation des demandeurs d'emploi, voient une urgence. Pour le patronat, qui préside l'Unedic, "c'est une question de solidarité nationale" et donc "à l'État de gérer le problème".
Pour le gouvernement, "l'indemnisation des chômeurs relève avant tout de la responsabilité des partenaires sociaux". Le sujet pourrait être abordé le 15 février autour de Nicolas Sarkozy. Un cofinancement entre partenaires sociaux et État est jugé possible par des syndicats.
Il y a urgence à prendre en charge cette réalité sociale et économique douloureuse, car c'est aussi ce que certains commentateurs politiques appellent "une bombe à retardement".
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M.Rigano
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