 Le système du parrainage semble atteindre des limites, et surtout manquer ses objectifs : mais comment et surtout par quoi le remplacer ?
Une nouvelle fois, la candidate du Front national clame sa crainte de ne pouvoir être candidate, faute de parrainages suffisants. Un processus démocratique doit-il aider ou défavoriser une candidature d'un parti extrémiste ?
L'affaire n'est pas nouvelle, et une nouvelle fois de plus le représentant du Front national lance un appel pour obtenir le parrainage des élus, indispensable à la recevabilité de sa candidature à la prochaine élection présidentielle.
Ce qui est nouveau, en revanche, c'est que le danger est cette fois-ci bien réel. Les partis des principaux favoris redoutent en effet un nouvel 21 avril 2002 qui vit, à la surprise générale, le candidat du Front national arriver en seconde position et participer ainsi au tour final, au nez et à la barbe de Lionel Jospin. D'ores et déjà, la secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, vient d'appeler fermement tous les élus de son parti à ne parrainer exclusivement que la candidature de François Hollande... et la direction de l'UMP, qui craint fort que son candidat naturel et sortant, Nicolas Sarkozy, ne soit pas au second tour, s'opposera de toutes ses forces à la validation de la candidature de Marine Le Pen, considérée comme la plus redoutable adversaire.
Au-delà de la personnalité de la présidente du Front national, et surtout des idées d'un parti pour qui tout ce qui est "étranger" est ennemi et source de tous les maux de notre société, l'absence de Marine Le Pen pour la course à l'Élysée pour cause de parrainage insuffisant, poserait un réel problème de fonctionnement de notre démocratie. Il serait illogique, voire dangereux, que le courant politique et le nombre d'électeurs que représente le Front national soient écartés de la campagne électorale pour un problème de parrainage.
Les idées extrémistes doivent être combattues par le débat démocratique. Empêcher l'expression d'un courant politique, si détestable soit-il, par des manoeuvres politiciennes est malsain et dangereux. Cela génère une frustration qui peut être source de violence, au sens large, et décrédibilise les partis politiques traditionnels et leurs candidats. Un des plus terribles exemples de blocage d'un processus démocratique a été donné par l'Algérie. En cassant le résultat des élections de 1990 et 1991 qui avaient donné une majorité écrasante au FIS (Front Islamiste du Salut), les généraux algériens firent entrer leur pays dans une des périodes les plus sanglantes de son histoire.
Si les partis extrémistes savent utiliser à leur profit les processus démocratiques pour prendre ici et là le pouvoir politique, cela témoigne qu'une démocratie qui se fait dominer, dans les urnes, par des partis ou des formations intrinsèquement antidémocratiques, est bien malade. Malade de ses valeurs profondes, malade de ses inégalités, malade de ses insuffisances de débats politiques de fond. Dans ces cas-là, le processus électoral n'est plus qu'un moyen pacifique d'accéder au pouvoir, vidé de son sens profond. Ce qui se passe actuellement en Hongrie en est une triste illustration.
Le système de parrainage a été mis en place essentiellement pour éviter une multiplication de candidatures fantaisistes. C'est un échec. En 2007, il y eut 12 candidats dont bon nombre firent un résultat inférieur à 5%, et 7 d'entre eux obtinrent même moins de 2% des suffrages...
Une réforme de 1976 impose que les noms des élus parrainant un candidat soient rendus publics. Ce souci de transparence est louable, mais il s'est retourné contre l'idée qui le portait, car les élus sont ainsi plus souvent l'objet de pressions, voire de menaces, pour donner leur aval à une candidature. L'anonymat des parrainages peut être une solution transitoire, mais il semble que les primaires organisées par le Parti socialiste, au vu du succès médiatique et militant qu'elles ont rencontré, dirige notre pays vers un système de primaires à l'américaine où les citoyens seraient directement plus présents.
Une chose est certaine : un courant politique, encore une fois, si détestable soit-il, ne s'élimine pas par une procédure administrative, mais par un vrai débat démocratique, celui des idées et des projets.
M.Rigano
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