 Des "zones dédiées" aux organismes génétiquement modifiés (OGM) viennent d'être recommandées en Europe par une étude internationale. Elles sont considérées comme indispensables à la cœxistence des cultures OGM et des cultures sans OGM.
Elles devront être suffisantes pour garantir l'absence de contamination. Difficiles à mettre en place en Europe...
"La coexistence à l'échelle de l'exploitation agricole est impossible" : c'est notamment ce que vient de mettre en avant le programme Co-Extra (coexistence et traçabilité). Les scientifiques de cette étude internationale ont présenté début juin à Paris les résultats de leurs recherches sur la cohabitation des cultures avec et sans OGM sur notre continent.
Au niveau européen, des "zones dédiées", clairement identifiées, sont préconisées afin de ne pas risquer la contamination de cultures traditionnelles par des OGM. Nécessaires certes, mais difficiles à réaliser: "la coexistence en Europe, où la taille des champs est en moyenne relativement faible, ne serait possible qu'en employant de grandes distances d'isolement ou dans des zones dédiées de production..." indique cette étude.
200 équipes de recherche issues de 18 pays de l'Union européenne ainsi que de la Russie, de l'Argentine et du Brésil ont travaillé sur la question. Un budget de 22 millions d'euros et plus de quatre ans ont été requis pour mener à bien ce programme. Son objectif est de fournir aux gouvernements les données scientifiques et techniques, mais aussi économiques et juridiques, leur permettant de prendre des décisions en toute connaissance de cause vis-à-vis des OGM.
Des espaces de séparation et des seuils à respecter La difficulté majeure est la dissémination du pollen des plants transgéniques. Complètement incontrôlable, cette contamination varie : "certaines plantes peuvent se disséminer sur 30 km" explique Yves Bertheau, chercheur à l'Institut National de Recherche Agronomique français et coordinateur de Co-Extra. D'autres paramètres, comme le climat, et notamment le vent, la situation géographique et la présence d'insectes, sont aussi à prendre en considération pour séparer efficacement des champs OGM de champs conventionnels.
Se pose alors la question de l'organisation. Et elle n'est pas simple. Comment créer ces espaces ? Il faudrait que les agriculteurs puissent communiquer facilement et qu'ils puissent se fier à un système d'information efficace. Celui-ci leur indiquerait les cultures OGM et les cultures traditionnelles. Il faudrait aussi que chaque exploitant prévoie suffisamment à l'avance la nature des semences utilisées. La définition des zones OGM aussi semble complexe, tout comme leur statut juridique. Les scientifiques indiquent que la mise en place d'un tel système est délicate.
La dissémination involontaire n'est pas la seule cause de présence d'OGM dans des cultures conventionnelles. "Les impuretés de semences, la pollinisation croisée et le transfère par les machines" sont aussi montrées du doigt dans ce rapport. Les spécialistes notent un accroissement du nombre d'incidents concernant les OGM. Ils vont de pair avec l'augmentation de la production d'OGM dans le monde.
Cette étude précise également que le seuil européen pour rester conforme aux cultures sans OGM est de 0.9%. Les acteurs de l'agroalimentaire ont cependant tendance à se caler sur un seuil plus strict à 0.1%, explique Mr Bertheau. Une donnée qui sera d'autant plus difficile à obtenir que les cultures seront proches. À titre indicatif, pour atteindre ce seuil sur un champ de maïs il faudra le séparer d'au moins 300 mètres de champs OGM. Et pourtant, le pollen de maïs est de nature peu volatile.
Cette étude indique aussi qu'au niveau européen, aucun seuil de "présence fortuite" d'OGM n'a pour l'instant été défini. La question de la cohabitation est véritablement essentielle. 6 pays européens ont suspendu la culture du maïs OGM MON810, le seul autorisé jusqu'à présent. C'est notamment le cas en France. En Europe, les récoltes de plans transgéniques, cultivées sur notre continent ou importées, sont principalement utilisées pour nourrir les animaux. Certains exploitants ne font même plus la différence entre les aliments traditionnels et les aliments OGM.
La question de l'étiquetage et de l'information des consommateurs se pose alors. Comme celle, d'ailleurs, des éventuelles conséquences pour l'homme de la consommation de ce bétail nourri aux OGM.
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Chloé CARRELI
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