Louis Renault a été arrêté et condamné pour collaboration avec le régime nazi, en 1944, et son groupe a été nationalisé. Ses héritiers contestent en justice une décision historique, prise sous l'autorité du général de Gaulle et évoquent un préjudice matériel et ....moral.
Remettre en cause l'ordonnance de 1945 qui a nationalisé le groupe Renault laisse comme un goût nauséabond, surtout quand les plaignants évoquent la Déclaration des droits de l'homme.
La justice peut-elle refaire l'histoire ? En contestant devant les tribunaux la nationalisation du groupe dirigé par Louis Renault, ses héritiers n'en sont pas à leur coup d'essai, puisqu'ils avaient déjà réussi à obliger le Centre de la mémoire d'Oradour sur Glane à retirer d'une exposition permanente une photo de leur grand-père en discussion avec Hitler et Göring...
L'occupation nazie et son cortège d'horreur a vu bien des complicités et des collaborations zélées dans les pays occupés. La France, hélas, n'a pas été globalement exemplaire et de nombreux historiens estiment qu'il n'y a pas eu plus de 400 000 résistants réels. Une grande partie du patronat français, traumatisé encore par le Front populaire et les premières grandes mesures sociales, restait dans le discours : plutôt Hitler que Blum ! Est-ce ce patronat-là que l'on veut aujourd'hui réhabiliter à travers le dossier de Louis Renault ?
Là, où la démarche des héritiers est peut-être la plus choquante, c'est qu'ils ne s'arrêtent pas à la réhabilitation de leur aïeul, mais réclament des dommages et intérêts pour préjudice matériel et moral. Leur avocat demande en effet la désignation d'experts pour évaluer le préjudice matériel et économique des héritiers... On peut se demander, si, dans le contexte amoral où nous vivons aujourd'hui, certains rejetons ne vont pas porter plainte contre Robespierre, Saint Just ou Danton, pour préjudice matériel contre les conséquences de la Révolution française, ou contre les animateurs de la Commune de Paris, dont on fête (pas tous...) le 140e anniversaire.
D'autres industriels et constructeurs européens ont fait bien pire que Renault. BMW a exploité le travail des déportés en camp de concentration. Le constructeur bavarois rémunérait les SS pour le travail d'êtres humains réduits à l'esclavage. Henry Ford était très proche du parti nazi américain, tout comme d'ailleurs, dans un autre domaine, le célèbre Walt Disney. Mais des documents d'époque, provenant de l'administration de Vichy et de l'administration allemande, témoignent de l'activité "effervescente" de Renault pour l'occupant nazi, qui justifia des aides financières importantes pour la reconstruction de ses usines bombardées par l'aviation... britannique.
Il est possible que d'un point de vue strictement juridique, il y eût des anomalies dans la nationalisation du groupe Renault, mais il n'appartient pas à la justice de refaire l'histoire. On peut comprendre une demande de réhabilitation d'un homme, mais dans le cas de Louis Renault, remettre en cause une nationalisation de 1945 pour collaboration apparaît comme un acharnement idéologique malsain.
M.Rigano
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