 La création d'une monnaie a toujours été l'expression d'un pouvoir politique établi. Or, la création de l'Euro symbolise tout le contraire, d'où la difficulté de bâtir à retard une Europe politique.
Ne pas mettre la charrue avant les boeufs, ce bon sens terrien n'a jamais pénétré les technocrates européens.
Battre monnaie est une vieille expression qui renvoie aux temps lointains où seuls les puissants avaient le privilège de créer leur monnaie, symbole concret de leur puissance et de leur domination sur tous les biens qui circulaient sur leur territoire.
Bien que l'on ait retrouvé trace de pièces de monnaie gauloises, notamment à l'effigie de Clovis, ce sont les Romains qui furent à l'origine de la première véritable organisation "administrative" de la Gaule, et imposèrent une monnaie qui relevait du pouvoir exclusif de l'empereur. Après bien des méandres, notamment la volonté de Charlemagne d'établir une monnaie unique dans son empire, les rois de France réussirent progressivement à s'accaparer le monopole de battre monnaie qui s'était atomisé dans le système féodal où chaque grand seigneur disposait de sa propre monnaie. La Révolution française créa en 1795 une unité monétaire, le franc d'argent, qui fut décliné en décimes et en centimes, base de notre système actuel jusqu'à... l'Euro.
Pour la première fois dans l'histoire, une monnaie est créée sans que le pouvoir politique correspondant n'existe vraiment, en l'occurrence, l'Europe politique. Cette incohérence de départ éclate aujourd'hui avec brutalité et pose le problème de la pérennité de l'Euro. Or, il n'est pas facile de commencer une maison par... le toit. Le tandem franco-allemand n'a rien résolu, faisant passer l'Europe de 27 membres à 17 pays bien incapables de remettre la construction européenne dans le bon sens, d'autant que la Grande-Bretagne, filiale plus que jamais des États-Unis, continue sa trajectoire particulière.
Mais à l'absurdité de créer une monnaie qui ne correspondait à aucune réalité politique, s'ajoute maintenant celle de vouloir confier le pouvoir à une structure profondément antidémocratique : la Commission européenne.
Nous arrivons aux limites d'une Europe bâtie essentiellement sur la volonté de faciliter la circulation des capitaux et permettre aux investisseurs, en fait les spéculateurs, d'accroître leur champ d'intervention. Rappelons que si les banques centrales des pays européens et si la BCE pouvaient financer ou refinancer directement les dépenses publiques, les dettes souveraines seraient ridiculement faibles. Mais quel bonheur pour les marchés financiers de prêter à des États à 7 ou 8% alors que ces derniers pourraient emprunter à moins de 2% auprès de structures publiques !
Le couple Sarkozy-Merkel a bien défendu les intérêts des marchés financiers (banques, fonds d'investissement...) en préservant l'article 123 du traité de Lisbonne (ancien article 104 du traité de Maastricht), qui interdit aux États d'emprunter auprès de leur banque centrale, et en ne changeant pas le rôle et les missions de la BCE. Ils sont en train de tuer l'idée européenne dans l'esprit de nombreux citoyens qui rêvaient d'un espace commun de paix et de progrès. A qui profite le crime ?
M.Rigano
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