| L'ÈRE des femmes girondes en une des magazines de mode a-t-elle sonné ? En tout cas, si le Parlement venait à adopter la proposition de loi présentée demain par Valérie Boyer, députée UMP des Bouches-du-Rhône, lors d'une conférence de presse organisée par le ministère de la Santé, les grands couturiers et les publicitaires risquent de réfléchir à deux fois avant d'utiliser des « fils de fer » pour promouvoir leurs habits. Ce texte, dont l'examen à l'Assemblée nationale commencera le 15 avril, vise pour la première fois à punir l'incitation à l'anorexie de peines d'emprisonnement. Il fait suite aux différentes polémiques ces derniers mois sur l'excessive maigreur des mannequins, et notamment à l'interdiction, en septembre, d'une publicité pour une marque de vêtements mettant en scène Isabelle Caro, une jeune anorexique. Comment combattre ces dérives ? Au moyen de sanctions judiciaires et pénales, à l'instar de certains pays européens comme l'Espagne. Pour ce faire, Valérie Boyer propose d'insérer dans le Code pénal une peine de deux ans de prison et une amende de 30 000 € pour ceux qui provoqueraient "une personne à se priver d'aliments de façon persistante" ou à "maigrir de façon excessive pour agir sur son apparence physique, qui pourrait l'exposer à un danger de mort ou compromettre sa santé". Ces peines s'élèveront à trois ans de prison et 45 000 € d'amendes si l'incitation entraîne le décès de la personne. Toutefois, il y a une différence entre inciter à « faire un régime » et inciter à l'anorexie. "L'anorexie est une maladie mentale, rarement provoquée par l'imitation, souligne un psychiatre réputé. Je ne suis pas sûr que le meilleur moyen de prévenir cette pathologie soit de mettre une pression sur les publicitaires et les magazines de mode. En revanche, c'est une bonne chose pour mettre un terme à la dictature des régimes. Mais ce problème n'a rien à voir avec l'anorexie..." En revanche, certains mouvements maintes fois pointés du doigt en raison de leur apologie de l'anorexie - comme le mouvement pro-ana - seront, eux, sans aucun doute sous le coup de la nouvelle loi. En ce qui concerne la dictature de la minceur dans les magazines et la publicité, une charte de bonne conduite sur l'image du corps sera présentée dès demain par la ministre de la Santé. Elaborée par un groupe de travail réunissant des professionnels de la mode, de la publicité et des médias, cette charte - qui n'a aucune valeur d'obligation - engagera ses signataires à lutter contre l'anorexie par la promotion de la « diversité corporelle ». En France, l'anorexie touche 30 000 à 40 000 personnes, essentiellement des jeunes femmes. Le taux de mortalité de cette maladie est de 5,6 % à dix ans et 20 % à long terme. |