 "JobDeCrevard" sur Twitter dénonce les entreprises aux offres d'emplois honteusement basses. La compétence à un coût, ne pas la reconnaître est un mauvais calcul.
La pression sur les salaires est un phénomène intrinsèque à l'économie de marché, mais en temps de crise elle conduit certaines entreprises à des comportements inacceptables.
"JobDeCrevard" sur Twitter Twitter compte un nouveau venu décapant : "JobDeCrevard", qui recense les offres d'emploi les plus mal rémunérées et les plus exigeantes du marché. Tous les jours une sélection est publiée. "Bienvenue dans un monde de Crevards", est-il expliqué sur le site de microblogging. Une idée qui attire déjà du monde : 254 personnes suivaient ce fil moins de 48 heures après l'apparition du blog.
Qui est derrière ce compte Twitter décapant ? Un particulier : Thomas (le prénom a été changé), cadre logisticien trentenaire qui, explique-t-il , est "effaré des exigences de certaines annonces et du salaire proposé en face". Lui-même tente de changer de travail. "Je suis en poste dans une entreprise qui prépare un plan social. Je ne serais pas forcément viré, mais dans ces cas-là, mieux vaut être pro-actif".
C'est donc en cherchant des offres d'emplois avec ses collègues que Thomas tombe sur ces annonces sous-payées, notamment sur le site de l'Association pour l'emploi des cadres (APEC). "Au début, ça nous a fait rire. Ensuite, j'ai trouvé que c'était scandaleux. J'ai donc voulu faire une bonne action en utilisant les réseaux sociaux pour faire de la mauvaise publicité aux entreprises qui cherchaient des cadres sous-payés".
Un exemple ? "Chef low-cost de 15 personnes bac+5 si possible, compétences en commerce, management, gestion, logistique... 24 000 euros par an". Ou encore : "Directeur usine de 50 personnes avec 8 ans d'expérience en Lean Manufacturing et 5S... bac+2, salaire inférieur à 35 000 euros".
Des salaires de misère comparés aux rémunérations proposées en temps normal aux ingénieurs à la sortie d'école. "Un jeune diplômé se voit d'habitude proposer 28 000 euros par an", explique Thomas. Ces entreprises cherchent des "cadres low cost", selon l'expression de Thomas : "en fait, ils recrutent des techniciens pour en faire des cadres à bas coût. Ces annonces ne devraient même pas être sur le site de l'APEC".
Contactée, l'APEC a précisé qu'elle ne pouvait pas refuser de publier une offre d'emploi, sauf en cas d'enfreinte au Code du travail (discrimination par exemple). "On ne fait pas le marché de l'emploi, mais nous cherchons à le rendre plus transparent", a expliqué une porte-parole. "C'est pourquoi nous incitons très fortement les entreprises à communiquer le salaire dans leurs offres d'emploi".
Si la rémunération est inférieure à la pratique, l'APEC a très peu de marge de manoeuvre. "Une fois l'offre reçue, nous ne pouvons que conseiller l'entreprise", ajoute la porte-parole. Mais la société reste la seule à décider de ce qui figurera sur l'offre d'emploi.
Ce phénomène des "cadres low cost" n'est pas nouveau, d'après Thomas. Mais il pourrait bien se développer par ces temps de crise. Avec la hausse du chômage, les entreprises sont de plus en plus en situation de force pour imposer leurs conditions à leurs nouvelles recrues. Surtout auprès des jeunes, qui devraient vivre une rentrée très difficile sur le marché de l'emploi.
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M.Rigano
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