
La France est un des pays qui a le plus aidé ses banques, dont elle vantait par ailleurs la solidité.
On peut se demander si les seules structures à être sorties de la crise économique, qui perdure par ailleurs, ne sont pas celles qui l'ont provoquée !
2 000 milliards d'euros ! C'est, selon un calcul de la Banque des règlements internationaux basée à Bâle, la somme que les états des principaux 12 pays dont la France ont injectée dans les banques depuis la crise financière de l'automne dernier. Soit 7,6% du PNB combiné de ces 12 économies. Pour donner un ordre de grandeur, le renflouement des banques, ces 2 000 milliards de dollars, représente presque l'équivalent de 80% du PIB de la France (2 600 milliards d'euros).
Le Royaume-Uni porte le bonnet d'âne. Présentée comme un modèle de restructuration réussie et de solution durable au chômage, la Grande-Bretagne paye au prix fort les années d'euphorie quand Londres rivalisait dans les jeux d'argent avec New York. L'état a injecté 44% du PNB pour empêcher que l'écroulement de son système financier. Les contribuables britanniques apprécieront bientôt cette facture. Le chantre de la déréglementation et de "l'impôt tue l'impôt" n'a d'autres choix que de durcir sa fiscalité. Quant aux traders parisiens qui menacent de s'exiler à Londres pour fuir l' "écrasante et insupportable pression fiscale qui décourage l'initiative en France", ils vont découvrir bientôt qu'au fond le fisc n'est pas si glouton à Paris.
La France justement ! Pour un pays dont les banques sont, selon le gouvernement, solides, l'hexagone se place parmi les 5 pays qui ont le plus secouru ses banquiers. Juste derrière les États-Unis et devant la Suisse ! Soit l'équivalent de 20% du PNB prêté sous différentes formes, parfois de façon détournée. La Caisse des dépôts et consignations a ainsi souscrit pour 3 milliards d'euros dans le capital de Dexia. La France, de concert avec la Belgique, a du se porter garant à hauteur du portefeuille de Financial Service assurance, une filiale américaine de Dexia, à hauteur de 150 milliards de dollars.
Le Prix Nobel de l'économie Joseph Stiglitz a donné il y a quelques jours une interview édifiante :
"Le premier problème a été l'autorégulation. La notion que les banques peuvent s'autoréguler est un oxymoron. Si on regarde l'histoire, on s'aperçoit que les banques sont continuellement en difficulté et que les gouvernements ne cessent pas de les renflouer. Le renflouement en Asie (1998) n'a été qu'un cas parmi d'autres depuis vingt ans. L'histoire montre que le système financier commet continuellement les mêmes erreurs dans ce qui est supposé être l'essence de son métier : évaluer les risques, prêter à qui est capable de rembourser. Le système financier est en crise non pas une fois tous les cent ans, mais tous les deux ans. Cela reflète le fait une longue histoire d'incompétence. Et aujourd'hui nous assistons au plus grand renflouement de l'Histoire.
Les marchés sans régulations sont inefficients. Nous avons l'illustration la plus spectaculaire qui soit de comment des actions prises sur le marché financier ont des répercussions sur l'ensemble de la société : sur le contribuable, sur les propriétaires de logement, sur l'emploi. Le marché financier impose un coût énorme à l'ensemble de la société, mais ce coût il ne le paye.
Les gouvernements ont été rançonnés. Les banquiers ont pointé un revolver et ont dit : "si vous ne nous donnez pas les milliards que nous réclamerons, nous allons tomber et notre faillite rendra la situation encore pire". L'économie a été prise en otage.
Les banquiers ont inventé un nouveau concept : "nous sommes trop gros pour tomber". Ce qui veut dire "nous sommes trop gros pour respecter les principes de base du capitalisme" qui est si vous n'avez pas les moyens de payer, eh bien ! vous êtes mis en faillite. Les banques "trop grosses pour tomber" sont devenues encore plus grosses, et leurs parts des marchés financiers sont encore concentrées. Les gouvernements ont abandonné les petites banques qui prêtent aux entreprises, la partie vitale de l'économie, pour donner cet argent aux grandes banques. Au lieu de prêter cet argent, elles l'ont placé dans la spéculation.
Les bilans des grandes banques montrent aujourd'hui que leurs profits proviennent de ce qu'ils appellent pour nous tromper de "trading profit", ce qui veut dire en clair spéculer sur les marchés financiers."
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M.Rigano
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