 Le ministre de l'Intérieur italien appelle à l'aide l'Union européenne, pour faire face à une nouvelle vague d'immigration clandestine.
Le sud de l'Italie est en raison de sa proximité géographique avec l'Afrique, une terre privilégiée par les immigrants clandestins, et notamment tunisiens depuis quelques semaines...
Paradoxe du moment : il fait beau temps, la mer est calme et le gouvernement tunisien a explosé. Autant de paramètres, de nature totalement différente, qui expliquent en grande partie une nouvelle vague d'arrivée par mer, d'immigrés clandestins venus de Tunisie.
Une nouvelle fois, c'est la petite île sicilienne de Lampedusa qui voit arriver plusieurs milliers d'immigrés clandestins en quelques jours. Située à une centaine de kilomètres des côtes africaines, cette île de 20 km2 et 6 000 habitants, ne cesse de servir de transit à une immigration venue souvent de Tunisie et de Libye. Le phénomène a commencé dans les années 90, et n'a cessé de s'amplifier depuis, passant de 8 000 immigrants en 2003 à 312 700 migrants sans papiers en 2007 !
L'arrivée d'environ 5 000 immigrés tunisiens en quelques jours semble affoler l'actuel ministre de l'Intérieur italien qui en appelle à la fois à l'Union européenne et à la Tunisie pour mettre en place un véritable système, de type militaire, pour contrer cette immigration clandestine. Il réclame l'intervention des forces armées, des avions et des hélicoptères pour surveiller les côtes tunisiennes, et demande au gouvernement (?) tunisien l'autorisation de déployer des policiers italiens en Tunisie pour essayer de stopper le flux des départs clandestins.
Le ministre italien, Roberto Maroni, n'hésite pas à parler de "l'écroulement du système tunisien" et d'un Maghreb "en train d'exploser"....
On peut s'étonner de l'apparent manque de sang-froid d'un ministre de l'Intérieur, car même si la situation est préoccupante, notamment d'un point de vue humanitaire, le sud de l'Italie a souvent connu des situations beaucoup plus difficiles. Les réfugiés clandestins albanais étaient eux aussi arrivés par milliers en Italie, il y a quelques années.
Les options politiques, populistes et anti-immigrés, de Roberto Maroni sont connues en Italie, ce qui pourrait expliquer une attitude alarmiste, à la limite de la provocation et de l'incitation à la violence anti-immigrés, dont justement la Sicile a souvent été témoin. Il n'empêche que la tentation de recroquevillement sur soi-même des responsables politiques européens, et leurs illusions quant à l'efficacité de nouvelles "lignes Maginot" laissent sceptiques sur leur compréhension des déséquilibres grandissants nord/sud.
En ayant été pendant de longues années, complices de régimes autoritaires et corrompus en Afrique, les dirigeants occidentaux n'ont en rien aidé les peuples africains à accéder à la démocratie, et à une plus grande justice économique et sociale. Comme lors de la chute du mur de Berlin, l'écroulement des régimes tunisien et égyptien ne relève sans doute pas que du seul besoin de liberté des populations. Une véritable révolution est en route sur le continent africain, mais il est encore trop tôt pour percevoir des signes de progrès démocratique dans ce processus.
M.Rgano
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