
La France vient de se prononcer contre le commerce international du thon rouge, une espèce en voie de disparition.
Pour ménager les pécheurs, elle demande un délai de 18 mois avant la mise en application de cette mesure.
La nouvelle est tombée mercredi 3 février, la France a pris position en faveur de l'interdiction du commerce international du thon rouge. Plusieurs conditions ont cependant été posées. Une période de 18 mois devra servir de transition et garantir aux pécheurs des revenus pour les deux ans à venir. Elle devra permettre la parution d'études scientifiques précises et différentes négociations avec la Commission européenne.
Jean-Louis Borloo, ministre de l'Écologie, accompagné de Bruno Le Maire (ministre de l'Agriculture), a présenté cette décision "comme nécessaire, puisque la majorité des scientifiques pensent que la ressource est en danger". Objectif : "que ce poisson se reconstitue le plus vite possible", a indiqué Mr Borloo. Ainsi, la France soutient "Monaco dans le cadre européen" a-t-il expliqué.
Le thon rouge en méditerranée La Principauté de Monaco a demandé que le thon rouge soit inscrit à l'annexe 1 de la CITES lors de la réunion qui se déroulera du 13 au 25 mars prochain à Doha. La CITES est une Convention de l'ONU, signée par plus de 160 gouvernements, qui s'assure que le commerce international ne menace pas la survie de plantes ou d'animaux sauvages. Cette inscription protégerait ainsi automatiquement le thon rouge de la disparition liée au commerce international, et ce, à partir de septembre 2011.
Avec la décision de la France, la Commission européenne va pouvoir proposer aux États membres de se prononcer sur le sujet. Elle avait déjà soumis au vote une interdiction temporaire de cette pêche en septembre dernier, sans succès. La France et plusieurs autres pays méditerranéens s'étaient prononcés contre.
Colère des pécheurs malgré les compensations Les pêcheurs ont vivement réagi à l'annonce faite par Mr Borloo. Ils ont aussitôt demandé "une réunion d'urgence" à l'Élysée afin de gérer cette "grosse crise", puisque c'est ainsi que la dénomme Mourad Kahoul, le président du Syndicat des thoniers méditerranéens. Leur colère devrait certainement se manifester par "des blocages de ports", a indiqué Hubert Carré, directeur général du Comité National des Pêches Maritimes et des Élevages Marins (CNPMEM).
Les ministres ont expliqué que la prise de position de la France était soumise à plusieurs conditions. La période de 18 mois devra permettre de négocier avec Bruxelles certaines dérogations. Le ministre de l'Agriculture a notamment expliqué vouloir trouver une solution pour préserver la pêche artisanale. Avec ses 180 bateaux, elle ne représente que 10% des prises. Elle "ne menace pas la ressource, mais représente la majorité des emplois et des activités", a indiqué Mr Le Maire. Paris va aussi demander à Bruxelles des aides financières pour la vingtaine de thoniers industriels qui ne pourront plus exercer.
Visibilité à 2 ans À court terme, pour 2010 et 2011, le quota de 2 200 tonnes autorisé en France est maintenu. La possibilité de revendre la marchandise à l'international est, quant à elle, pas du tout certaine. Elle sera carrément impossible si le thon rouge est inscrit à l'annexe 1. Pourtant, 80% des ventes de cette filière, qui représente en France 15 millions d'euros, se fait vers l'étranger, et notamment vers le Japon. Il achète à lui seul 80% de la pêche mondiale. En colère lui aussi, il a déjà lancé une campagne internationale contre cette interdiction...
Le poids des études scientifiques Du côté des pécheurs, on crie à l'infamie. Selon Hubert Carré, "aucun avis scientifique n'apporte la preuve qu'il y ait des problèmes sur cette pêcherie". Le délai de 18 mois demandé par la France devra permettre ainsi d'obtenir différents avis scientifiques actualisés.
Les ministres ont indiqué aux pécheurs qu'ils s'en remettraient aux rapports du CITES pour voir si cette interdiction sera maintenue ou non en 2011. D'ici là, la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l'Atlantique (CICTA) aura, elle aussi, fait son analyse. Notamment chargée de la gestion du thon rouge mondiale, cette commission se réunira d'ailleurs en novembre prochain à Paris.
Déception pour les écologistes Pour les écologistes, c'est une victoire en demi-teinte. "On nous dit en substance : sauvons l'espèce, mais pas tout de suite !", ironise François Chartier, chargé de campagne Océans à Greenpeace. L'organisation reproche au gouvernement ce délai servant à ménager les pécheurs au détriment de l'espèce dont le nombre de représentants a chuté d'environ 75% depuis 1957.
"Le délai demandé pour mettre en œuvre l'interdiction du commerce international est absurde : cela revient à passer à l'action après la bataille pour la survie du thon rouge", explique François Chartier.
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E.CINESTIA
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