
France Télécom symbolise aujourd'hui le désarroi qui touche les salariés, avec 23 suicides en 19 mois.
Le contexte de restructuration permanent qui touche les grands groupes industriels fait perdre leurs repères aux salariés. Les plus fragiles ne tiennent pas face à la pression...
France Télécom assure qu'un audit sur le phénomène des suicides sera mené par un cabinet. Cette annonce intervenait le lendemain de la tentative de suicide d'un salarié de l'entreprise à Troyes, qui s'est blessé d'un coup de poignard lors d'une réunion de service. Mais ce 11 septembre, c'est une employée de 32 ans qui se défenestrait sur son lieu de travail à Paris, se donnant la mort. Fin août, un salarié de Lannion, dans les Côtes-d'Armor, se suicidait : le nombre de suicide se porte ainsi à 23 au sein du groupe France Télécom, depuis février 2008.
La direction de France Télécom reconnaît que cette situation "peut être liée à des changements dans l'entreprise", mais elle estime que "le phénomène est limité statistiquement". L'entreprise rappelle que pendant l'année 2000, 28 suicides avaient été enregistrés, soit un taux de 2,15 pour 10 000 salariés. En 2002, le nombre était de 29 suicides, soit un taux de 2,49 pour 10 000.
Les syndicats font une analyse différente du phénomène, qui révèle selon eux le désarroi des employés confrontés à la généralisation de méthodes de management coercitives, entre restructurations et suppresions de postes à répétition. Le but serait d'obtenir des départs pour réduire les effectifs, d'accélérer la migration vers des statuts privés du personnel bénéficiant encore à 70% du statut de fonctionnaire, ou d'imposer du rendement et des résultats financiers.
"Il y a beaucoup de gens qui ne vont pas bien. Les suicides, c'est le haut de l'iceberg", a déclaré une salariée, sous le sceau de l'anonymat. "Les managers ont pour objectif la rentabilité à tout crin, ont des objectifs en suppressions d'emplois, même si ce n'est pas officiellement reconnu. (...) Par ailleurs, les objectifs fixés aux salariés, par exemple en termes de vente, sont souvent inatteignables", a-t-elle ajouté.
Ce point de vue a été illustré par la lettre laissée par un salarié qui s'est donné la mort à Marseille cet été, publiée par la presse : "Je me suicide à cause de mon travail, c'est la seule raison", a-t-il écrit, parlant de "management par la terreur".
Selon un porte-parole, France Télécom a déterminé le profil type des employés qui se suicident : un homme blanc dans la cinquantaine, technicien, et qui est entré dans l'entreprise quand elle était un service public.
Avec la privatisation, les salariés ont perdu la référence au service public, certains d'entre eux ont changé plusieurs fois de métier et leur réseau professionnel s'est disloqué. Certains ne savent littéralement plus où ils sont, ce qui peut expliquer les conduites extrêmes.
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M.Rigano
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