 La direction de France Télécom veut en finir avec son image désastreuse en matière de gestion des personnels. Elle y met le prix : 900 millions € sur 3 ans.
En finir avec les causes du suicide : France Télécom semble s'attaquer sérieusement au problème, en remettant en question des fondamentaux de la gestion classique d'entreprise.
Rarement, une grande entreprise n'avait autant été touchée par une telle vague de suicides de ses salariés, plus d'une vingtaine, mais la réaction de l'entreprise s'est voulue à la hauteur du défi social qui se présentait à elle.
Après une vaste enquête menée en son sein par un cabinet indépendant, et un changement de son management, France Télécom a décidé de proposer à ses 102 000 salariés un nouveau contrat social. Sur 3 ans, France Télécom va donc mettre en place un plan d'action dont le coût est estimé à 900 millions €.
Mais au-delà du financement du plan, qui témoigne de l'effort engagé, le détail des mesures est particulièrement intéressant en ce qu'il s'attaque à des problèmes de fond.
France Télécom met notamment fin à la pratique de la suppression massive des emplois, et casse la spirale dangereuse de l'individualisation des salaires. De même, les managers seront désormais intéressés directement à l'amélioration du climat social dans leur secteur. Sur les 3% d'augmentation salariale prévus cette année, 2% relèveront d'une hausse générale, et 30% de la rémunération variable des 700 top managers sera directement liée au climat et à la réussite sociale, mesurée à travers un baromètre et en tenant compte du taux d'absentéisme.
Voilà une révolution dans les moeurs actuelles de gestion des grands groupes.
Pour l'emploi, 10 000 recrutements sont prévus sur les 3 ans à venir, et ces embauches, encadrées par 250 nouveaux délégués aux parcours professionnels, permettront de débloquer et redonner de l'élan aux (plans de) carrières. En mesures annexes, mais importantes, France Télécom prévoit d'accentuer le recrutement de médecins du travail. Il s'agit d'atteindre l'objectif d'un médecin en moyenne pour 1 500 salariés. Soit une proportion deux fois supérieure à celle prévue par la législation. Par ailleurs, le groupe vient d'embaucher 187 responsables.
L'égalité hommes/femmes n'est pas oubliée : mixité des candidatures sur tous les postes et objectif de 35% de femmes dans tous les comités de direction à l'horizon 2015. Pour les jeunes, 4 700 seront recrutés en apprentissage et à l'autre bout de la pyramide des âges, il y aura le lancement de l'entretien "cap seniors" à 55 ans. 1 500 salariés ont déjà pu choisir un temps partiel "senior".
Dommage qu'il ait fallu tant de victimes pour redécouvrir une gestion d'entreprise respectueuse des personnes... mais la nouvelle démarche mérite un véritable coup de chapeau !
M.Rigano
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