Construction : la durabilité du bois est loin d’être éprouvée

Avec le déploiement du plan de la Nouvelle France industrielle sur les Bâtiments de Grande hauteur, la filière bois cherche à renforcer la durabilité des techniques et équipements du bois. Par « durable », la filière bois entend bien promouvoir à la fois la longévité du produit que ses atouts écologiques, deux arguments qui restent malgré tout très discutables.

vendredi 25 mai 2018, par
( Bois|textebrut) , ,

Depuis la tempête de 1999, la filière forêt-bois française faisait grise mine. Difficile d’écouler des stocks considérables de feuillus quand le marché réclame des résineux, surtout lorsque les prix s’effondrent. Faute de débouchés, elle affiche un déficit commercial annuel de l’ordre de 6 milliards d’euros. Pour tenter de sortir de cette impasse, la filière bois entend bien verdir son image pour conquérir de nouveaux marchés. Quitte à faire l’impasse sur certaines vérités.

Un impact CO2 qui n’est pas neutre

Dans son rapport publié en mars 2017 sur la redynamisation de la filière bois en France, Sylvie Alexandre, déléguée interministérielle à la forêt et bois, insiste sur « le déploiement du plan de la Nouvelle France industrielle sur les Bâtiments de Grande hauteur (24 sites), qu’il faut mieux coordonner avec le contrat de filière, notamment sur les enjeux de durabilité́ du matériau renouvelable et du bâtiment ». (1) S’il est admis de fait que le bois est une ressource renouvelable, certains aspects « durables » doivent être tempérés.

Opter pour le bois sous toutes ses formes, ce serait tout d’abord contribuer à la création de nouveaux puits de carbone. Tel est le crédo des professionnels du bois depuis que le gouvernement a décidé de faire de la forêt et de la filière bois le nouvel enjeu de la politique climatique française. Compte tenu du contexte du réchauffement climatique, l’argument est porteur : présenté comme respectueux de l’environnement, le bois transformé en matériau conserverait cette fonction de stockage de CO2. Encore faut-il qu’il soit en bois massif. Mais, dès lors qu’il est brûlé, sa fonction de réservoir de carbone s’en trouve modifiée. Si l’on prend en considération le cycle de vie d’un arbre, « 1 m3 de bois lors de la pousse de l’arbre permet de capter une tonne de CO2. A contrario, lorsqu’il brûle ou se décompose, il dégage 1 tonne de CO2 », tempère la FDES Bois. Mais sur ce point, toutes les approches en termes de calcul sur la neutralité carbone du bois et sur l’évolution des forêts en tant que puits de carbone, sont loin de faire l’unanimité, y compris au sein de la communauté scientifique. A défaut de consensus scientifique, les défenseurs du bois en appellent aussi parfois au « bon sens ».

Le bois serait un matériau naturellement « sain »

Le bois serait sain parce qu’il est naturel. C’est la raison pour laquelle ses usages devraient être multiples : dans les structures porteuses, en façade, en menuiserie extérieure, en aménagement intérieur et en revêtement de sol et mur, lancent haut et fort les partisans du bois. Pour autant, le bois brut émet déjà naturellement des composés organiques volatiles (COV) incriminés dans la pollution de l’air intérieur. Ces COV dégagés certes en faibles quantités, peuvent toutefois se révéler allergènes pour les personnes sensibles aux poussières de bois.

Le bois transformé doit surtout être traité. Pour préserver la maison en bois des intempéries, les produits de finition, tels que les peintures, les vernis et les cires synthétiques, émettent également des COV  : toluène, éthers de glycol, hydrocarbures polycycliques aromatiques, furmecyclox, tous préjudiciables à la santé humaine et à l’environnement. Malgré toutes les techniques existantes pour réduire la toxicité, l’écobilan du bois peut apparaître négatif si l’on tient compte du « traitement du bois (ignifuge, insecticide, fongicide), qui peut aussi émettre des COV comme le formaldéhyde », une substance reconnue allergène et cancérigène depuis 2004 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), comme le souligne le Centre Technique du Bois et de l’Ameublement (CTBA) dans son guide sur l’Habitat sain. (2)

Une mauvaise inertie

Le matériau bois affiche une mauvaise inertie thermique, les artisans du bois ne peuvent le nier. Sans un bon déphasage thermique des matériaux pouvant ralentir les transferts de chaleur, une ossature bois peut vite faire grimper la facture en énergie : en été, les murs ayant une faible inertie, ils ne vont pas restituer le froid de la nuit durant la journée pour éviter une surchauffe du bâtiment. De même, en hiver, le stockage des apports solaires durant la journée est insuffisant pour impacter favorablement la facture de chauffage.

A en croire la FTBA, sa structure peu massive entraîne une faible inertie thermique, « légère » voire « très légère » dans la maison à ossature bois. Et « force le recours à la climatisation l’été ». Une mauvaise isolation peut provoquer le pourrissement de la structure en bois. « Dans une ossature bois, ce n’est pas le bois qui isole. Comme dans un système traditionnel, plus de 95 % de la résistance thermique est réalisé par l’isolant », remarque le Comité National pour le Développement du Bois (CNDB). Mais le caractère faiblement isolant du bois pourrait encore être admis si d’autres caractéristiques problématiques n’obligeaient pas à recourir massivement aux produits chimiques pour compenser.

Une résistance au temps qui reste à démontrer

Aujourd’hui, les épicéas, douglas ou pin maritime sont les bois les plus utilisés dans la construction de maisons en bois, en raison de leur prix attractif notamment. En extérieur, ces essences résistent mal à l’humidité et aux intempéries. Outre le besoin d’un entretien régulier – de l’ordre d’une fois par an pour le bardage, et tous les trois ans pour les peintures et lasures -, les traitements utilisés peuvent contenir des sels métalliques CCA comprenant du cuivre (fongicide), de l’arsenic (insecticide) et du chrome. Si ces bois traités à l’arsenic, classé comme cancérigène avéré pour l’homme par le CIRC, sont interdits en France depuis 2004 et dans l’Union européenne depuis 2008, ils peuvent être encore commercialisés hors d’Europe.

Aujourd’hui, les traitements autoclaves des bois se font avec des biocides. « L’utilisation d’acide borique (reprotoxique R2), de cuivre, de fongicides et d’ammonium quaternaire est toujours permise, et a un impact sanitaire. Un bois autoclavé classe 4 est traité pour une utilisation extérieure avec un cocktail de produits pas forcément très sympathique, et qu’il est difficile de connaître sans consulter la fiche technique de sécurité. Tout traitement a inévitablement un impact sanitaire, plus ou moins important. La labellisation CTB+ garantit un faible impact sanitaire, mais reste déconseillée en intérieur », rappelle Sophie Frain, conseillère médicale en environnement intérieur. (3)

Le bois s’enflamme entre 250 et 300 degrés

Le bois se consume lentement sans transmettre sa chaleur aux parties voisines et sans dégager de fumée toxique, affirment les fervents défenseurs du bois pour encourager le développement des projets des tours de grande hauteur en bois (IGH) un peu partout en France. Au vu des avancements en matière de sécurité-incendie, la question de la propagation du feu se pose pourtant avec acuité, en particulier lorsque le bois est utilisé en revêtement de façade. « Oui, le bois brûle, à 400° C, et il ne transmet pas tout de suite la chaleur - soit vingt fois moins vite que le béton armé conventionnel - et cela laisse le temps aux pompiers d’intervenir. Quand le feu atteint 1000° C dans une pièce, dans la pièce d’à côté, séparée par du CLT, la température reste à 20°C un certain temps », insiste Guillaume Poitrinal, le président de Woodeum et Cie, entreprise spécialisée dans le CLT (cross laminated timber). (4) Pour l’instant, personne n’a eu envie de vérifier la véracité de ses dires. Mais l’historique des incendies de construction en bois (en particulier aux Etats-Unis) n’incite pas à partager l’optimisme de celui dont le métier est de vendre des structures en bois. Et en cas d’incendie dans une maison à ossature bois, « le bois, de classe D, résiste à une attaque brève de petites flammes et d’un objet isolé ardent tout en limitant la propagation de la flamme. Il s’enflamme entre 250 et 300 degrés et propage le feu », tranche toutefois le CNDB dans ses essentiels Feu sur la norme 13501. Alors certes, le bois est une ressource renouvelable, mais de là à en faire la panacée de la construction « durable », à tous les sens du terme, il y a un pas que beaucoup franchissent un peu vite.

(1) https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/rapport%20Foret%20Bois%20011010.pdf
(2) http://www.natura-sciences.com/sante/rbr-2020-batiment-materiau-sante.html
(3) http://www.lamaisonecologique.com/faq_cat/traitement-bois-fer-terrasse-toiture/
(4) https://www.valeursactuelles.com/le-bois-revolutionne-la-construction-54678
https://www.batiactu.com/edito/securite-incendie-igh-bois-france-est-elle-prete-47648.php

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