 Plusieurs milliers de femmes sont victimes chaque année de ce qu'on appelle un déni de grossesse.
Une situation particulièrement violente pour les femmes qui l'ont vécue. C'est pourquoi l'Association Française pour la Reconnaissance du Déni de Grossesse leur apporte son soutien et sensibilise l'opinion à ce traumatisme.
Des nouveau-nés vivants jetés dans des poubelles et des bébés supprimés, voire congelés, par leur mère à la naissance... voilà ce qui a récemment fait parler du déni de grossesse. Pourtant, le déni de grossesse est loin de ne concerner que des faits divers ponctuels. De nombreuses femmes en sont victimes chaque année, sans que l'on sache pourquoi.
Le déni de grossesse, c'est "le fait d'être enceinte sans avoir conscience de l'être", indique l'Association Française pour la Reconnaissance du Déni de Grossesse (AFRDG). Rien à voir avec une grossesse cachée par une femme qui se sait enceinte. Selon cette association, cela concernerait entre 1 500 et 2 000 femmes chaque année en France. Soit environ une grossesse sur 500. Et 20% d'entre elles ne découvrirait leur état qu'au moment de l'accouchement.
Afin de mettre en lumière ce phénomène susceptible de toucher chaque femme, l'AFRDG organise le 10 octobre prochain la 2e journée française sur le déni de grossesse. Montpellier accueillera ce colloque où de nombreux scientifiques sont invités à intervenir afin de mieux comprendre ce phénomène.
Toutes les femmes peuvent y être confrontées Selon les spécialistes, rien ne prédispose au déni de grossesse. Rien ne garantit non plus que cela n'arrivera pas. Pas même le fait d'avoir déjà eu des enfants. Des études ont montré que cela concerne tous les âges, tous les niveaux d'étude et tous les milieux sociaux.
Quand le corps trompe Aussi étrange que cela puisse paraître, le corps ne présente aucun des signes caractéristiques d'une grossesse. Pas de ventre rebondi, pas de prise de poids, pas de sensation de bébé qui bouge, des "règles" qui persistent... Tout pour passer inaperçu tant chez la femme elle-même, qu'auprès de son partenaire. Même des médecins se sont laissé duper par ce phénomène.
Certains dénis sont partiels, c'est-à-dire que la grossesse est révélée entre la 20ème semaine et le terme. Dans le cas d'un déni total, la grossesse est découverte au moment de l'accouchement, dans la plus grande stupéfaction de la femme concernée. C'est notamment le cas pour environ 320 dénis sur 1650.
Une situation extrêmement éprouvante 25% de ces femmes accouchent dans des conditions dangereuses pour elles et pour leur bébé. C'est d'ailleurs à ce moment-là que la mort de l'enfant peut arriver, par infanticide ou par manque de soins. Les cas où la femme peut être prise en charge pour son accouchement sont heureusement les plus nombreux, et de loin. Mais même lorsque tout se passe bien, cet événement reste une "réalité très douloureuse", explique le Dr Navarro, président de l'AFRDG.
C'est un véritable choc qui provoque remise en cause et interrogations. La culpabilité de ne s'être rendu compte de rien et d'avoir mené une vie sans restriction (tabac, alcool...), ne manque pas. "La crainte que cela se reproduise" est particulièrement présente, indique aussi le Dr Navarro. N'avoir pu ni se préparer psychologiquement, ni profiter de cette période pour tisser des liens d'amour avec le bébé est une frustration énorme.
Les réactions des proches peuvent aussi être difficiles à vivre. Le rejet et l'incompréhension sont souvent présents. "Tant qu'on ne l'a pas vécu, on a beaucoup de difficultés à croire que c'est possible", explique un membre de l'association à la conférence de presse. Pourtant, c'est bien le cas.
L'AFRDG travaille à sensibiliser l'opinion et les professionnels sur ce problème de santé publique. Le déni de grossesse n'est actuellement pas "identifié comme une pathologie", indique l'association. Les professionnels de la santé ont besoin d'être mieux informés pour que les dénis soient diagnostiqués plus tôt.
L'association se bat aussi pour que le déni de grossesse soit juridiquement reconnu. Des sujets qui vont donner tout leur intérêt à la journée nationale du 10 octobre.
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Chloé CARRELI
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