 Une étude récente de l'Université Paris-Dauphine montre la frustration des classes moyennes devant la difficulté grandissante d'accéder à la propriété.
L'accession à la propriété a été longtemps un repère de réussite sociale pour les classes moyennes. Elles vivent très mal une hausse de l'immobilier qui les oblige à s'éloigner des centres-villes.
Il semble qu'il règne un fort sentiment de malaise au sein des couches moyennes, qui se sentent déclassées et devenir "couches populaires"... En cause le logement, et plus particulièrement le fait d'en être propriétaire. Le logement est un vecteur qui apparaît comme la mesure sensible d'un glissement vers le bas d'une partie de ce groupe social "hétérogène" et "flou" qui regroupe près d'un Français sur deux, selon les statistiques sociales et économiques, qui s'appelle "classe moyenne".
L'accession à la propriété a été en effet pour les ménages de la classe moyenne une sorte de "marqueur" de leur statut social, par le biais d'un parcours résidentiel ascendant. Mais les mutations économiques qui ont fragilisé l'emploi et des revenus, conjuguées à une hausse vertigineuse des prix de l'immobilier et des loyers dans le secteur privé, ont remis en cause ce repère, au point que le logement est devenu source de «frustrations et d'insatisfactions. Il est accusé de paupériser les classes moyennes.
Ce constat est spécialement vrai pour les ménages appartenant à la "classe moyenne inférieure", dont les revenus se situent dans une fourchette de 1 800 euros à 2 700 euros nets mensuels. Leurs conditions d'habitat se rapprochent, oh horreur, de celles des couches populaires : baisse du nombre d'accédants à la propriété, logements trop petits au regard des besoins, éloignement vers les zones péri urbaines pour trouver à se loger moins cher. En tout état de cause, une grosse partie de leur budget est engloutie par le poste "habitat". Voilà donc le logement devenu facteur d'éclatement des classes moyennes.
Selon une étude, seulement 38,9% des actifs de la CMI (couche moyenne inférieure) sont propriétaires de leur habitat. Un chiffre proche, là encore, des ouvriers (37,8%) et des employés (35,9%). Le bas de la classe moyenne se trouve largement distancé par les "couches moyennes intermédiaires" : 54,1% de propriétaires, avec des revenus mensuels qui vont de 2 700 euros à 3 750 euros. Et surtout par les couches moyennes supérieures : 63,5% de propriétaires, avec des revenus de 3 750 à 6 600 euros.
N'ayant plus les moyens d'accéder à la propriété, la classe moyenne inférieure loue dans le parc locatif privé. Elle s'auto-exclut des HLM alors qu'elle y a droit. Elle "évite de s'orienter vers un parc synonyme de déclassement", indique l'étude. Un artifice en guise de sauvegarde d'un statut toujours plus incertain.
Derrière ce qui peut apparaître comme une susceptibilité de groupe, déplacée, il faut voir un signe objectif de paupérisation de notre société. Dans un rapport complexe d'interférences réciproques, le sentiment peut rencontrer la réalité, et là c'est grave. Avec le logement, on est en plein dedans...
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M.Rigano
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