
Depuis quelques années, les Inuits, habitants du Nord circumpolaire, constatent les effets du réchauffement climatique.
Ils ne sont pas seulement les témoins de ces évolutions rapides, ils en sont avant tout les premières victimes.
Depuis près de 20 ans, les Inuits du Grand Nord assistent, impuissants, à la transformation de leur environnement naturel causée par le réchauffement climatique. Et cela, dans toutes les régions entourant le pôle Nord : au Canada, en Russie, au Groenland, en Norvège et en Alaska. L'Arctique est considéré comme le "baromètre mondial" des changements liés au climat.
Le réchauffement est en route Déjà en 2000, lors de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC), les Inuits de l'île de Banks, dans la mer de Beaufort, ont alerté la communauté internationale. Ils ont mis en évidence les changements environnementaux majeurs via un documentaire. Des modifications qui affectent depuis au quotidien leur mode de vie, par exemple, la fonte du pergélisol (sous-sol gelé en permanence) qui entraîne l'érosion des berges et l'effondrement des plages, et l'intensification des chutes de neige. A l'opposé, des périodes particulièrement douces augmentent les moments où la mer est libérée des glaces. La diminution des lemmings (petits mammifères), aliments de base des renards arctiques, entraîne à son tour la disparition des renards, pourtant très prisés des chasseurs. L'apparition de nouvelles espèces comme le canard colvert et le saumon a aussi été constatée. Des dérèglements qui ne sont pas passés inaperçus.
La transformation se poursuit Récemment, le phénomène s'est encore accentué et ces changements sont constatés par des centaines de milliers d'autochtones du Nord circumpolaire. En 2008, des geais bleus et des merles ont par exemple été remarqués dans le Grand Nord canadien, près du village de Pangnirtung suite à une magistrale inondation. La fonte des neiges, tombées très abondamment pendant l'hiver, a provoqué le déferlement d'un "mur d'eau" sur le village. Un sinistre qui a rendu extrêmement difficile la vie des habitants. Autre conséquence du réchauffement, l'omble, poisson qui se péchait traditionnellement en juillet suite aux fontes des glaces, se pêche maintenant en mai. La migration des caribous, et par conséquent celle de leurs prédateurs les ours polaires, est aussi perturbée. Elle dépend de la transformation de la mer en glace qui intervient maintenant plus tardivement.
Remise en cause du système traditionnel Depuis de nombreuses années, les Inuits ne cessent de s'adapter. À la mondialisation d'une part, avec les différents gisements de charbon, de diamants ou de pétrole qui ont été implantés dans les zones nordiques, et aux changements climatiques d'autre part. Avec ce réchauffement, c'est tout le système de pêche et de chasse, pilier de la culture et de la vie des Inuits, qui est perturbée. Le mode de vie traditionnel est ainsi remis en cause puisqu‘il est directement lié à la présence des animaux. La relation des Inuits avec la nature repose sur un écosystème spécifique qui est depuis plusieurs années, de plus en plus malmené. Pour permettre aux Inuits de continuer à vivre de la nature, beaucoup ont dû modifier leur calendrier de chasse et de pêche. Et les changements dus au réchauffement semblent être de plus en plus rapides. Par rapport aux années 1990 / 2000, le thermomètre du Grand Nord a pris 1,4 degré, selon le ministère canadien de l'environnement.
Inquiétante fonte des glaces... Une étude publiée en 2005 et intitulée Evaluation des impacts du changement climatique dans l'Arctique (ACIA) annonçait la fonte ou la disparition de la glace de plusieurs années entre 2050 et 2100. Plus de 300 chercheurs, issus de 15 pays, ont participé à cette étude lancée par les 8 états arctiques (Canada, Danemark-Groenland, États-Unis, Finlande, Islande, Norvège, Russie et Suède). Ce rapport indiquait que l'océan Arctique ressemblerait alors aux grands lacs d'Amérique du Nord. Une transformation qui pourrait se produire dans les années 2040 finalement. Seront alors menacées d'extinction différentes espèces telles que les ours, les phoques et les morses...
La situation est préoccupante pour les Inuits bien sûr, mais aussi pour le reste du monde. Le dégel du pergélisol entraînerait la libération de tonnes de méthanes dont les effets sont 21 fois plus forts que ceux du CO2. Le méthane participera à son tour à l'accélération du réchauffement climatique. Certains scientifiques prédisent un emballement de la machine climatique et un réchauffement qui deviendrait alors irréversible.
Il faut donc agir maintenant pour éviter le pire. Espérons que la conférence de l'ONU à Copenhague, en décembre prochain, parvienne à l'élaboration d'un accord mondial exigent. Celui-ci devra conduire à une réduction conséquente et rapide des gaz à effet de serre, principale cause du réchauffement climatique.
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Chloé CARRELI
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