 Faute d'un vrai logement, l'idée d'interdire utilisation du camping comme un logement classique à l'année, ne peut qu'aggraver une situation déjà bien précaire.
Un député qui retire sa proposition, la jugeant lui-même inopportune, voilà une démarche peu commune qui mérite un coup de projecteur.
C'est un nom rigolo, le Dalo, pour qualifier un problème qui l'est beaucoup moins. Le Dalo, en fait le droit au logement opposable, est issu d'un combat acharné, et parfois spectaculaire, pour aider les personnes en attente d'un logement, ou menacées d'expulsion, à faire valoir leur demande comme l'exercice d'un droit et à se retourner contre l'État si nécessaire. En réalité, la procédure est assez complexe et longue, et surtout elle ne créé pas en elle-même des logements, une lapalissade désespérante qui laisse trop souvent les demandeurs de logements dans une situation de précarité ou d'insalubrité d'où ils souhaitaient justement sortir.
Faute de logements, et souvent faute de moyens financiers permettant de payer le loyer d'un logement classique, des milliers de familles sont contraintes de se débrouiller par elles-mêmes et nombre d'entre elles utilisent la solution du camping permanent. Le chiffrage de ce phénomène est très flou puisque les rares données disponibles font état d'une fourchette comprise entre 70 000 et 120 000 personnes qui vivraient dans un camping à l'année, soit dans une caravane ou un mobile-home.
La loi encadre strictement les périodes cumulées d'occupation d'un terrain de camping, fixant la règle de base qu'elles ne peuvent dépasser 3 mois par an. Or un député, Jean-Louis Léonard, a présenté un projet de loi obligeant toute personne logeant dans un camping pendant plus de 3 mois, a justifié d'un autre domicile. Ledit projet a été voté à l'unanimité des députés, en première lecture.
Fait tout à fait inhabituel, Jean-Louis Léonard a décidé de retirer sa proposition lorsqu'elle reviendrait en seconde lecture, s'étant rendu compte qu'elle risquait d'avoir des effets redoutables, qu'il n'avait pas prévus, sur des populations déjà fragilisées. Il faut saluer ce revirement assez rare chez nos élus. Le député a été convaincu par les arguments que lui ont présentés plusieurs associations spécialisées dans la défense des mal-logés. La crainte que les propriétaires de camping soient légalement obligés d'expulser des dizaines de milliers de personnes vivant à l'année dans leurs structures aurait conduit à aggraver une situation déjà catastrophique. Mieux vaut un toit inhabituel que pas de toit du tout...
Il est probable que Jean-Louis Léonard va peut-être rencontrer des difficultés du côté de ses collègues de l'Assemblée nationale qui ne voudront pas forcément se déjuger à leur tour. On voit bien la limite d'un exercice peu rationnel. En effet une certaine logique aurait voulu que ceux qui votent à l'unanimité un texte de loi renforçant le droit à un (vrai) logement, votent avec la même unanimité des crédits pour en construire lors de l'exercice budgétaire...
On touche là à une certaine démagogie et à une législation faite à base de "bons sentiments". Il est dangereux de créer des lois inapplicables et de renforcer ainsi un sentiment de colère et de rejet de notre système démocratique. Certes, il est bien mal en point mais il ne doit pas pour autant ajouter lui-même des incohérences à ses habituelles turpitudes.
Le plus paradoxal, c'est que l'idée de départ de Jean-Louis Léonard était tout à fait louable puisqu'il s'agissait pour lui de lutter contre le risque de création et d'extension de véritables bidonvilles et d'éviter que des gérants se transforment en marchands de sommeil. En déclarant prioritaire la relance de la construction du logement, le président de la République a donc bien conscience de l'ampleur du problème. Reste le plus dur : mettre des moyens financiers à hauteur de l'urgence.
M.Rigano
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