 Après EDF, et avant l'État, Peugeot s'est aussi lancé dans une politique de grand emprunt. Bizarre ?
On nous les a présentés comme moribonds il y a peu... mais les marchés financiers semblent pourtant être à nouveau à la mode, voire même interessants : de qui se moque-t-on ? Même l'Etat se lance, mais dans un flou omniprésent...
Peugeot a annoncé le lancement d'une émission obligataire convertible de 500 à 575 millions d'euros, à échéance du premier janvier 2016. Cette opération, précise le constructeur automobile, vise à répondre aux besoins généraux de financement du constructeur.
EDF vient de lancer un emprunt d'un milliard d'euros auprès des particuliers, au taux de 4,5% sur 5 ans. Et le président de la République vient lui aussi d'annoncer le lancement d'un important emprunt d'État, dont on peut déjà dire que c'est en général une opération très coûteuse pour les finances publiques. Celui-ci sera effectif pour début 2010 a-t-on appris le 26 juin de Matignon. Danone a annoncé que son augmentation de capital de 3 milliards d'euros a été sursouscrite à un taux de 182%. Le groupe agroalimentaire a précisé que la demande à titre réductible a porté sur 102,8 millions d'actions et ne sera que partiellement allouée, à hauteur de 2,2 millions d'actions nouvelles. Et Casino a émis le 22 juin dernier pour 750 millions d'euros d'obligations à échéance du 31 janvier 2015 à 245 points de base au-dessous de la courbe des swaps, annonce IFR Markets. Le coupon est de 5,5% .
Il serait sans doute grand temps de mettre en place une taxation sur les transactions financières, mais ne rêvons pas ! On peut également s'étonner de ces recours aux marchés financiers, qu'on nous présentait il y a encore quelques semaines comme à l'agonie. On ne peut s'empêcher non plus d'être dubitatif sur la réalité du monde financier, qui a puisé au maximum les garanties publiques sur tous les continents, et dont aucun contrôle sérieux n'a encore été mis en place !
Concernant l'emprunt national : Depuis son annonce, c'est le flou complet sur ses conditions pratiques : montant, taux et durée et nature des souscripteurs... Selon un sondage récent, seulement 5% des Français seraient intéressés par le futur emprunt national, et 82% des Français ne seraient pas prêts à souscrire à cet emprunt.
Seuls 5% se disent sûrs de confier leurs économies. Pas exactement l'engouement populaire dont rêvait Nicolas Sarkozy en lançant cette idée... C'est peut-être aussi pour cela que Nicolas Sarkozy s'est ménagé une porte de sortie en gardant la possibilité qu'une partie, plus ou moins importante, de l'emprunt soit souscrite auprès des marchés financiers.
Le plus grand flou règne d'abord autour du montant que l'État espère récolter. La presse a évoqué des chiffres astronomiques, entre 80 et 100 milliards d'euros, c'est à dire quasiment le montant du déficit de l'État en 2009. Des chiffres aussitôt qualifiés de "fantaisistes" par Matignon. Au cabinet d'Éric Woerth, on a beau jeu de dire que "le montant dépendra des priorités retenues", mais ces priorités, personne ne les connaît. Nicolas Sarkozy avait évoqué des "priorités stratégiques". François Fillon a été un peu plus précis ensuite, déballant un inventaire qui fait la part belle à l'écologie, mais reste très large : "biotechnologies, énergie du futur, voitures électriques, un certain nombre de secteurs dans le domaine alimentaire, de la santé, de l'éducation". Christine Lagarde a évoqué "la démographie et la rareté de la ressource". Et Henri Guaino a même émis l'idée que l'emprunt finance la généralisation du contrat de transition professionnelle, voulue par Nicolas Sarkozy mais extrêmement coûteuse.
En fait, tout semble possible. Les priorités doivent être définies avec les partenaires sociaux et les parlementaires d'ici trois mois. L'opposition a, sans surprise, dénoncé cette idée, mais, même dans le camp de la majorité, les critiques, à peine voilées, fusent.
Jean Arthuis, président de la Commission des finances du Sénat, a assuré que l'emprunt, avec un taux d'intérêt proche de celui du marché, voire supérieur, n'était pas "dans l'intérêt du budget de l'État ". Il a plutôt suggéré que "l'on demande aux plus fortunés d'entre nous de mettre la main à la poche pour souscrire à cet emprunt à des conditions de taux qui seraient symboliques" et donc indolores pour le budget, et pour la dette.
Lire aussi La cour des comptes valide les comptes de l'Etat. Lire aussi EDF: lancement d'un emprunt vers les particuliers?
M.Rigano
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