GCO de Strasbourg : la pression s’accentue sur les opposants

mardi 13 mars 2018

Depuis l’été 2017, une petite Zad se développe contre le projet de contournement autoroutier de Strasbourg. Entre mobilisations ponctuelles et installation en «  dur  », la vie et la lutte s’organisent alors que la pression policière s’intensifie.

  • Kolbsheim (Bas-Rhin), reportage

Cela fait trois mercredis matins que la chaîne de textos . La première fois, c’était le 21 février. La dizaine d’habitants de la zone à défendre (Zad) du moulin, à Kolbsheim, avaient appelé des renforts à venir dormir dès la veille. Ils contestent la réalisation et l’utilité du Grand Contournement ouest (GCO) de Strasbourg, . La petite clairière de la Zad se situe au milieu du tracé.

Dès 6 heures, les militants s’étaient postés sur un chemin qui mène à la petite Zad formée en août 2017. Ils avaient été rejoints par des dizaines de soutiens, au compte-goutte. Pourquoi ce matin-là  ? Les techniciens de Vinci (par l’intermédiaire de sa société Arcos) s’étaient annoncés depuis une semaine.

Selon un décompte de la poignée de gendarmes venue superviser le face-à-face sans intervenir, il y avait jusqu’à 90 personnes face à la demi-douzaine de salariés de Vinci et leur petite pelleteuse, arrivées vers 8 h 30. La confrontation avait tourné court. Les techniciens, accompagnés d’un huissier, avaient simplement constaté qu’ils ne pouvaient guère travailler. Une chaîne humaine s’était dressée devant eux. Sur le chemin, des monticules bloquaient les accès aux véhicules. Les échanges étaient cordiaux.

Mercredi 28 février, rebelote. Mais avec seulement une vingtaine d’opposants, en période de congés scolaires et de températures négatives.

D’abord interpellés pour «  sabotage  » 

Mercredi 7 mars, toujours vers 8 h 30, la scène s’est déroulée dans un verger en contrebas. Cette fois-ci, l’ambiance bon enfant a laissé place à un échange musclé et tendu. Deux opposants se sont enchaînés sous l’essieu de la machine de sondages géotechniques. Et lorsque la machine a rebroussé chemin une bonne heure plus tard, le ton est monté avec les gendarmes, plus nombreux. Les deux jeunes hommes, 27 et 31 ans, ont été embarqués dans la foulée, malgré les protestations de la trentaine d’opposants. D’abord interpellés pour «  sabotage  », ils ont passé la journée dans deux commissariats. Ils ont été relâchés en fin de journée, mais convoqués le 14 mai au tribunal correctionnel de Strasbourg pour «  opposition par la violence ou voies de faits à l’exécution de travaux publics ou d’utilité publique  ». Une dégradation légère sur le camion par l’un des deux opposants fait aussi l’objet d’une plainte.

Lors d’un des face à face entre gendarmes, opposants et employés de Vinci/Arcos.

Les portables alsaciens s’étaient déjà mis à vibrer de la sorte, en septembre 2017. . Depuis, le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, a néanmoins validé le projet en janvier, .

Lors de ce type d’appel, c’est un public familial et de retraités qui ne vivent pas sur la Zad qui rejoint la contestation. C’est aussi lors de la pause déjeuner qu’une association du village a fait don aux Zadistes d’une casserole de cassoulet, les restes du repas mensuel de ses adhérents.

Compte tenu de cette relation étroite avec les riverains et la rapide capacité à se mobiliser, Camille (un nom d’emprunt) insiste sur le fait que la Zad n’est qu’une «  partie émergée  », certes prisée par les journalistes pour faire des images, de l’opposition au projet.

Lors de la confrontation le 21 février, les employés avaient annoncé revenir dans l’après-midi. À l’heure du déjeuner, un nouveau texto appelait à venir en nombre vers 13 h, au cas où. Mais trois heures plus tard, aucun gilet orange n’avait été aperçu.

Ces allées et venues à répétition, parfois en vain, fatiguent et lassent 

«  C’est un peu masochiste, à la fois on espère que Vinci ne vienne pas, et en même temps, on espère n’être pas venu pour rien  », s’amuse Maxime pendant l’attente. Il est venu à la Zad pour la première fois avec cette mobilisation expresse, comme une partie des personnes croisées ce jour-là. Il y a dormi la veille.

Mais ces allées et venues à répétition, parfois en vain, fatiguent et lassent certains opposants. L’alerte est parfois donnée du côté de la forêt de Vendenheim, à une vingtaine de kilomètres de là, sur le nord du tracé.

Les gens postés sur place et leurs relais pour la communication visent désormais à limiter les appels et, surtout, à distinguer les menaces réelles, pour ne pas se disperser.

«  La multiplication des appels développés depuis quelque temps fait réagir. C’est bien, mais il faut aussi que nous soyons pédagogues pour expliquer ce qui se passe sur le terrain et faire la distinction dans les travaux en cours  », écrivaient début mars les opposants qui sonne comme un bilan contrasté. Ils ont ainsi assisté impuissant au déboisement de parcelles et de bosquets dans les environs.

Depuis août, la Zad s’est structurée. Exit les tentes et bonjour la grande cabane en bois chauffée, fabriquée avec des matériaux de récupération. Une terrasse et une autre construction sont en cours de travaux. Le ramassage des poubelles a été rendu possible par le maire de Kolbsheim, Dany Karcher, opposant notoire.

Journée rencontre et découverte à la Zad du moulin.

Un poulailler a ainsi été construit. Ses 10 poules pondent 10 œufs par jour, soit un par habitant. Deux petits poussins sont même nés sur la Zad. Trois chiens de compagnie et deux lapins vivent aussi sur le site. Un troisième rongeur à longues oreilles a, lui, succombé à la loi de la nature, mangé par un prédateur. «  On a juste entendu crier, mais on ne l’a pas revu  », s’amuse un occupant. Un terrier de renard aurait été aperçu dans les environs.

Pour maintenir leur engagement dans la durée, certains occupants ont une activité à temps partiel comme animateur «  nature  » ou comédien dans les animations périscolaires.

L’évacuation par la force pèse 

La Zad est aussi passée par un moment difficile où le premier habitant a été exclu, après un comportement considéré comme «  une dérive autoritaire  » par ceux toujours présents. Mais aujourd’hui, elle propose des événements festifs et politiques presque tous les week-ends (Carna’zad, ateliers d’écriture, soirée slam, assistance juridique, etc.). «  Il y a toujours une dizaine de personnes, mais jamais la même configuration  », confirme Daniel, artiste arrivé «  à Nouvel An  » et qui compte faire profiter de son savoir-faire dans la construction de cabanes. Quelques personnes ont aussi été hébergées temporairement, car ils voyagent entre Notre-Dame-des-Landes, Bure ou d’autres Zad. Mais pas d’afflux à la suite de l’abandon du projet d’aéroport du Grand Ouest, comme le craignaient des élus alsaciens.

Les fraîches températures obligent aussi à vivre davantage à l’intérieur et au contact les uns des autres, ce que chacun reconnaît n’être pas toujours simple au quotidien.

«  Ce sera plus facile de mobiliser du monde avec le printemps qui arrive  », espère Maxime. En théorie, les déboisements ne sont plus autorisés jusqu’au 1er septembre, ce qui s’annonce comme un répit. Reste que des travaux irréversibles sont censés commencer dès le mois d’août dans les champs. Maintenant que l’intensité de l’opposition a été testée, l’évacuation par la force pèse telle une épée de Damoclès. Des avis d’expropriation ont récemment été envoyés au châtelain Erik Grunelius, qui fournit à la Zad son terrain, l’accès à l’eau et l’électricité.

Voir en ligne :

Source : Jean-François Gérard pour Reporterre

Photos :
. chapô : la Zad de Kolbsheim. © 
. face à face : © Opposants au GCO
. journée sur la Zad : ©

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